Madre mía, que le he hecho a Dios ?

Avis sur The Spanish Princess

Avatar Raphaële Martinat
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Catherine d'Aragon (pour une fois pas dans un rôle de gourde maniaco-dépressive mais dans celui... d'une chieuse mégalomane) débarque en Angleterre pour épouser son promis, le prince Arthur. Cette alliance permettrait de solides revenues, ainsi qu'une bonne position sur l'échiquier international, au roi Henry VII. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu puisque le prince meurt vingt semaines après le mariage. Pourtant, loin de lâcher prise la position de reine d'Angleterre, qu'elle miroite depuis sa plus tendre enfance, Catherine jette son dévolu sur le petit frère d'Arthur, le mystérieux (raclement de gorge désagréable) Henry, qui semble avoir un faible pour elle... la "conquête" du trône de fe... d'Angleterre commence pour Catherine.
Voilà... j'ai failli m'arracher la mâchoire rien qu'en écrivant le synopsis...

Pour comprendre mon problème, un petit résumé s'impose: il y a longtemps, j'ai découvert la sympathique The White Queen, adaptation de The White Queen, The Red Queen et The Kingsmaker's daughter de Philippa Gregory qui, si elle est une passionnée de la période historique tudorienne, ne brille pas par son génie narratif. Son principal problème vient en particulier qu'elle adopte plutôt un côté romance qu'Histoire à ses romans (l'héroïne vit toujours par rapport à ses amours qu'aux évènements historiques qu'elle a vécus) et qu'elle adore transformer des légendes urbaines, des rumeurs et des accusations sans fondement (par exemple, Anne Boleyn qui fut accusée de fornication avec plusieurs hommes dont son frère, Thomas, pour renforcer la gravité de ces accusations, mais qui n'a certainement jamais été infidèle à Henry VIII, encore moins avec son frère !) en des faits historiques véritables et prouvables (je pense qu'elle est secrètement fan de toutes les théories du complot qui traversent le 15ème et 16ème siècle anglais)... de quoi légèrement excagasser les historiens, donc.
La mini-série The White Queen ne brillait donc pas (elle aussi) par son génie historique ou scénographique. Elle souffrait de bon nombre de défauts, donc, certains quand même dus à un budget très insuffisant mais elle restait regardable car elle nous montrait le point de vue de trois femmes d'exception: Elizabeth Woodville (femme d'Edward IV), Margaret Beaufort (mère d'Henry VII) et Anne Neville (femme de Richard III) (certes avec une énorme focalisation sur leurs amours, mais quand même sympathique).
Quelques années plus tard, la suite, The White Princess, (adaptation du roman éponyme, bien sûr) racontait non plus les aventures de ces trois femmes mais se focalisait uniquement sur Elizabeth d'York, liée à chacune d'entre elle par les liens de sang ou du mariage. Et là, ça commençait déjà à sentir le roussi. Les manquements historiques devenaient tellement énormes que ça frisait la consternation, les personnages devenaient des têtes à claque, là où il en avait deux ou trois attachants dans la première série, un plus grand budget ne signifiait apparemment pas dans la tête des producteurs "plus grande fidélité historique" et surtout ils se figeaient sur des détails futils du "début" du règne d'Henry VII (l'affaire Perkin Warbeck) au point que ça finissait par devenir IN-SUP-POR-TA-BLE ! A cela s'ajoutait que les producteurs commençaient à prendre beaucoup de liberté avec les romans de Gregory (qui prend beaucoup trop de libertés avec la réalité, vous voyez le problème ?) et nous perdaient dans des dialogues à moitié pourris.

Le bateau continue à sombrer lentement mais sûrement avec l'adaption de The Constant Princess et The King's Curse (encore plus de noms débiles, donc) très, très, trop libre puisque déjà la mini-série porte le nom inédit de The Spanish Princess. On se focalise une nouvelle fois, non sur un mais plusieurs personnages (pour rendre l'action plus dynamique, peut-être ?) en la personne de Catherine d'Aragon (comme mon synopsis le disait) et de Margaret Pole (qui est, elle, obnubilée par la mort de son frère et sa survie au sein de la famille Tudor, puisqu'elle a de faibles prétentions au trône). Je n'ai pas parlé de Maggie (son surnom) dans le synopsis, parce que, en vrai, elle a plutôt un rôle secondaire que véritablement principal. Néanmoins, les deux femmes vont s'unir, vivre des aventures, des moments de bonheur et de douleur et surtout NOUS EMMERDER ROYALEMENT !
Parce que, s'il y a une chose que je réalise de plus en plus en regardant ces séries (et je ne sais pas si c'est propre aux livres alors, dans le doute, oui !), c'est que les personnages sont de véritables Mary-Sue ! Vous savez, ces personnages qui sont trop parfaits, avec une "moralité" à toute épreuve (c'est simple: tout ce qu'ils font est génial et ne peut être critiqué sinon vous êtes un salaud et tout ce que font les autres -même si c'est exactement la même chose- est critiquable), des émotions qui les rapprochent plus de la bipolarité qu'une santé mentale stable et qui, surtout, ne créent aucun attachement chez le lecteur/spectateur ! Bah oui, parce que écrire des Mary-Sue est l'un des pires défauts d'écriture que vous puissiez faire et si, dans The White Queen, je l'avais déjà remarqué avec les trois personnages principaux qui ont EXACTEMENT la même personnalité, j'ai enfin pu mettre un nom à cette erreur d'écriture ! Du coup, comme en plus, elles ont un caractère semblable à leurs prédécesseurs et évoluent de la même manière, leur parcours n'est pas très intéressant, pour ne pas dire qu'il m'a donné des envies de meurtre !
A cela, ajoutez un budget de plus en plus conséquent donné à... à qui ? des costumes dont l'historicité a foutu le camp depuis belle lurette (mention spéciale à Beaufort qui porte ENFIN la coiffe d'époque -Gable Hood, pour les anglophones- sur quelques épisodes), des langues utilisées tu-ne-sais-pas-comment-mais-comme-ça-ça-fait-joli et des dialogues qui sont d'une atrocité SANS NOM ! C'est bien simple, s'il n'y avait pas le talent formidable des acteurs, les propos des personnages n'auraient aucun sens !

Par exemple, quelques nuits après leur mariage, Arthur part rejoindre la couche de sa femme, en lui demandant au passage, comment ont été ses relations avec son frère. Henry s'étant mal comporté en raison de l'alcool dans la journée, ça a l'air plutôt normal qu'il lui pose la question. Sauf qu'il faut compter un événement antérieur au mariage: la découverte des lettres de Catherine envoyées non à Arthur mais Henry qui se faisait passer pour Arthur et qui a donc bien pu se payer de la tête des tourtereaux (déjà, vue la teneur des lettres, on n'est pas surpris que la pauvre idiote soit surprise) avant les noces. Du coup, Catherine rappelle à son époux qu'elle n'est pas responsable de la cruelle farce, qu'elle s'en veut et aimerait bien oublier l'intrigue peu crédible pour l'époque. Pourquoi alors rappeler à ton époux (alors qu'il attendait certainement autre chose) le sujet n°1 de dispute de votre couple ? Ensuite, l'idiote (parce qu'on ne me fera pas croire, en 8 épisodes, que cette dinde à la cervelle de molusque est intelligente) poursuit en disant qu'elle a appris la mort du frère de Maggie Pole pour sécuriser son mariage. Encore une fois, pourquoi rappeler les deux sujets de dispute de votre couple ? Elle se plaint une nouvelle fois qu'elle n'est responsable de rien (Arthur n'a jamais dit le contraire, précisons-le). Réponse d'Arthur: elle doit apprendre à exécuter ses devoirs conjugaux. Quelqu'un peut-il me dire comment on en est arrivé là ? Evidemment, comme la non-consommation du mariage vient plutôt d'Arthur que d'elle, Catherine lui fait la remarque et, fâché par l'incroyable dispute qui vient de se passer, Arthur s'apprête à quitter la chambre lorsque Catherine s'exclame (pour montrer sa... "badasserie") qu'elle est la fille des rois catholiques, les plus grands rois qui aient jamais existé et que si on la défit, elle ripostera et vaincra... encore une fois, la corrélation de tout ça ?

Du coup, on marche sur la tête quand deux personnes interagissent (je crois que j'ai compté trois dialogues à peu près corrects), on ne sait jamais ce que pensent les personnages puisqu'ils changent de comportement en fonction de la volonté du scénario (Beaufort, notamment, qui est décrite comme une reine de l'ombre, intrigante au réseau d'espion incroyable, grande politicienne et fine diplomate et stratège alors qu'au fond elle ne passe son temps qu'à se chamailler avec des adolescentes et elle est surtout une mégère égoïste, matérialiste, cupide, possessive, jalouse et complètement fada ! Du coup, vous vous doutez que ses décisions "politiques" sont prises avec les pieds) et les producteurs ont décidément envoyé paître la cohérence historique (Henry qui en avait dix lorsque Catherine a épousé son frère et là... a quinze ans pendant neuf ans ?). Un plaisir à regarder cette série ? Allez, la romance à l'eau de rose entre Catherine et Henry (qui ne vous tapera pas sur les nerfs si vous n'avez pas de cerveau) ! Même pas les intrigues qui sont, comme je l'ai déjà dit, d'un niveau tellement bas (plus que jamais ils essayent d'imiter Game of thrones et c'est nul) que Lucifer a pu me faire un petit coucou des enfers durant le visionnage...
Encore heureux que cette série est termi... Hein ? C'était tellement vide qu'il y a une deuxième saison en préparation ?! Mais qu'est-ce que j'ai fais au bon Dieu pour mériter un truc pareil ?????!

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