La fabuleuse émancipation de Yennefer

Avis sur The Witcher

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La saga du Sorceleur a pris une place non négligeable dans le cœur des joueurs. Avec le premier The Witcher en 2007, le deuxième en 2011, et un troisième en 2015 gagnant d’une nomination en tant que meilleur jeu de l’année, il n’en fallait pas plus pour attiser la convoitise de Netflix. En effet, avec ses grosses pattes poilues et ses griffes acérées, la célèbre plateforme de série saisit notre saga favorite comme pour la compresser et lui extirper tout son jus.

Dark Fantasy (surtout fantaisie)

En l’occurrence, l’univers de The Witcher à travers les romans et les jeux vidéo est suffisamment riche pour mâcher le travail de Netflix. La saga a trouvé toute la légitimité de son succès grâce à son ambiance, ses paysages, son monde médiéval peuplé de monstres, et son personnage principal brillamment charismatique. En somme, la saga The Witcher est une véritable poule aux œufs d’or, mais le fait est que de nos jours même les adaptations des meilleurs chefs-d’œuvre donnent souvent un résultat calamiteux.

La série de The Witcher ne déroge pas à cette règle tant son intrigue est à l’exact opposé de l’histoire captivante, envoûtante, et palpitante des livres et des jeux vidéo. En effet, la série respecte certes les codes de la saga vidéoludique avec un univers qui dépeint un monde poisseux où la société rejette les êtres difformes et/ou différents alors que des créatures parcourent nos terres. Toutefois, elle ne parvient pas à nous faire immerger convenablement dans cet univers notamment à cause des personnages secondaires présentés à coups de flashbacks très envahissants. Ces personnages prennent une place si importante que l’on peut se demander s’il s’agit bien là de la série The Witcher, celle-là même qui doit mettre Geralt de Riv au centre de l’histoire. Pour toutes ces raisons, il est facile pour le spectateur de se perdre tant l’intrigue est tortueuse à suivre en mêlant autant de points de vue avec autant de temporalités différentes.

Après quelques épisodes, le constat ne se dissipe pas. La narration se concentre énormément sur le personnage de Yennefer, une sorcière jadis difforme devenue un « sex symbol » féminin. Notre Sorceleur Geralt quant à lui, patauge dans sa propre intrigue, ne fait pas corps avec le récit qui nous est conté, et reste continuellement bloqué entre les flashbacks des autres personnages. Par ailleurs, Netflix saisit également l’occasion de véhiculer son message progressiste les femmes n’étant dans ce monde de brutes que des « ventres » soumises à un patriarcat médiéval. Par sûr que le message soit nécessaire et juste, dans le sens où The Witcher présente un monde où l’anormalité est constamment sujette à la discrimination. C’est le cas de Geralt de Riv qui n’est toléré que pour ses talents de tueur de monstre, mais qui ne peut vivre librement sans le poids du jugement de la société et autres sévices morales.

Géralt versus Superman

L’une des grandes appréhensions à l’égard de cette adaptation est le choix de l’acteur pour incarner Geralt de Riv en la personne de Henry Cavill. Malgré une présence bien moins importante que souhaitée, la prestation de Henry Cavill s’avère une des rares bonnes surprises de la série Netflix. En effet, l’acteur semble avoir compris toute la subtile personnalité de Géralt de Riv car on parvient sans mal à retrouver tout l’aspect cynique et cinglant du Sorceleur dans ses paroles. Et même s’il est le canon masculin qui fait vibrer toutes les femmes, Henry Cavill réussit également l’exploit de transmettre par un simple regard tout le froid silencieux qui caractérise tant le tempérament de Geralt de Riv.

Les scènes de présence de Geralt de Riv sont également une occasion de le suivre dans la traque de différents monstres à la manière de nos quêtes dans les jeux vidéo. Ces moments sont assez savoureux dans le sens où ils nous présentent le bestiaire du monde de The Witcher à travers une enquête stimulante. En effet, nous emboitons le pas du Sorceleur dans sa chasse et nous suivons la méthodologie de son métier de chasseur de monstres. L’obtention d’un contrat, l’écoute des témoignages, et pour finir la rencontre avec une créature qui bénéficie le plus souvent d’une bonne aura et d’une histoire intrigante. Pour toutes ces raisons, il est dommage de constater que l’aventure ne se concentre pas plus sur le Sorceleur, car le fait est que ses scènes sont réussites et que Henry Cavill délivre une très bonne interprétation du personnage.

N’est pas Game of Throne qui veut

La plupart des gens ont témoigné d’une grande inquiétude à l’annonce de Henry Cavill en Geralt de Riv. En effet, d’autres noms célèbres étaient déjà en tête pour incarner le Loup Blanc, notamment Mads Mikkelsen ou Stephen Lang qui s’approchaient bien plus du physique du Sorceleur. Toutefois, dès les premiers instants en compagnie de Henry Cavill les doutes se dissipent rapidement. L’acteur a parfaitement compris la personnalité de Géralt de Riv et sait comment brillamment l’incarner.

Cependant, le reste de la série ne suit malheureusement pas le chemin de la qualité et s’inscrit dans la longue liste des mauvaises adaptations de grands chefs-œuvre. Avec son histoire davantage centrée sur les personnages secondaires, son intrigue charcutée aux flashbacks, on ne peut qu’être désolé du fait que la série The Witcher ne méritera jamais son étiquette de nouveau Game of Throne.

Il va pleuvoir

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