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Urgences

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Depuis que j'ai commencé ER, un peu plus tôt dans l'année, ma critique s'écrit et s'efface dans ma tête. C'est dur, d'apprécier correctement quinze ans de série, une trentaine de personnages, des heures et des heures de drames familiaux et cas médicaux. C'est difficile, de résumer, de classer, de se décider : c'est difficile, mais je vais essayer.

Tout a commencé par les diffusions sur France 4. Un bel après-midi, au milieu de mon blocus, j'ai allumé ma télévision dans l'espoir de me vider la tête en sirotant ma soupe du midi. Je suis tombée sur Urgences, au milieu de la saison 8. Je comprenait pas grand chose : machin avait peur du retour de son cancer, truc avait un voisin violent et abusif et la fille de machin avait avaler l’ecstasy de l'autre fille de machin. Ouh-là-là, c'est pas facile d'être un docteur. Mais au milieu du mélodrame, il y avait ce coté pressé, urgé, les plans qui s'enchaînaient et les patients qui défilaient, de la dépression au bras cassé, en passant par les accidents de voitures et les blessures par balles. Waouh : ça en jetait.

Contrairement donc à ce qui m’attire habituellement, ce n'est pas la romance qui m'a poussé à chercher la première saison d'ER, mais l'ambiance générale. J'vous jure. Surement parce qu'un regard sur Wikipédia m'a suffit pour comprendre que la moitié des personnages ne serait pas là dans les premières saisons, et que l'autre moitié serait à un autre stade de leur vie - huit ans avant, en somme. Aussi, peut-être, parce que les dix épisodes d'Urgences que j'avais capté - plic-ploc au fil des semaines - m'avaient inexplicablement envoûté.

Ainsi, je me suis retrouvée, assise sur mon lit, devant le tout premier épisode d'ER. Et j'ai compris.

Tout d'abord il y a la musique. Puis l'éclairage. Et l'écriture. Il y a les personnages, ces héros de tous les jours par ce qu'il font, mais faillibles, tellement faillibles. Il font de leur mieux, certes, mais il font des erreurs, parce que c'est comme ça, et que même le meilleur des médecins peut avoir une mauvaise journée. Mais justement, ce ne sont pas les meilleurs. C'est juste des médecins. Ils sont bon à ce qu'il font - personne ne le remettra jamais en question, si ce n'est eux-mêmes - et il le font parce qu'ils le doivent, parce qu'ils ont le pouvoir de réparer les gens et que ne pas l'exercer serait un crime. Mais ce sont juste des gens normaux, qui ont leurs problèmes normaux : dépressions, troubles maritaux, paie minable, parents malades, enfants difficiles, etc. Et qui font ce qu'ils peuvent pour se lever, tous les matins, et donner le meilleur d'eux-même lorsqu'ils enfilent leurs blouses. Mais je me laisse emporter : revenons au premier épisode.

Ecrit comme un téléfilm, le pilote peut se regarder comme tel. Une entrevue dans une journée de la vie d'un médecin urgentiste. C'est envoûtant, palpitant et touchant, et résume en une heure trente l'esprit des 15 saisons. C'est que du bon, et après tout pourquoi pas : avec Michael Crichton au scénario, épaulé par Spielberg, ça ne pouvait être que prometteur. Le tout se veut réaliste, tant par son coté pragmatique que par l'éventail des sentiments humains exploités.

C'est l'histoire de John Carter, étudiant en troisième année de médecine, jeune idéaliste optimiste, qui se retrouve lâché au milieu des Urgences lors de sa rotation chirurgie. L'histoire de son mentor réticent, Peter Benton, qui veut briller dans le bloc mais est coincé en consultation. De Doug Ross, pédiatre beau gosse et dragueur, prêt à tous pour protéger les gamins qu'il soigne tous les jours du monde cruel dans lequel ils évoluent. De Susan Lewis qui essaye de son mieux pour être prise au sérieux dans le milieu machiste de la médecine. De Carol Hathaway, infirmière adorée de tous ses collègues, et pourtant... Et surtout, l'histoire de Mark Greene, chef résident, en charge du petit monde, qui tente de son mieux de jongler entre sa femme, sa fille et son métier qui consume ses journées et ses nuits. Mais c'est aussi l'histoire des gens qui passent, qui n'auront que juste quelques minutes à l’écran : les patients, leurs familles et leurs réactions face aux bonnes et mauvaises nouvelles.

Le premier épisode, c'est une boucle, c'est une claque lorsqu'un drame frappe le département (le premier d'une longue série), qui n'a pas le temps, qui n'a pas le droit, de s'arrêter de tourner, de prendre un moment pour se lamenter, pour pleurer, parce qu'il faut bosser. C'est dramatique, rapide et vraiment bien dosé.

Ce premier épisode, si vous l'aimez, vous apprécierez probablement la suite - du moins au moins quelques épisodes de plus. Arrêtez vous quand vous voulez : au fil des saisons, les personnages partent et son remplacés, si bien qu'aucun membre du casting ne fait l'intégralité des saisons, à part quelques infirmières et les ambulanciers. Il y aura un moment ou vous serez agacés, probablement par le drame oppressant pour par votre impuissance devant l'autodestruction de certains personnages. Ou peut-être parce que vous aurez le cœur brisé par leur disparition. Peut-être que vous vous convaincrez de regarder quelques épisodes en plus, en souvenir du passé, et que l'engouement que vous avez ressenti au début reviendra. Peut-être pas. Dans ce cas-là, il faut mieux arrêter. Ça ne vaut pas la peine de ternir vos souvenirs. Peut-être aussi vous vous ne l'aimerez pas. Tant mieux pour vous, vous sauverez des heures de votre vie (environ dix jours entiers, pour être plus précise), que vous pourrez passer avec votre famille, ou vos chats, ou vos amis. Mais moi j'ai pas de vie sociale, donc tout va bien.

Moi j'ai adoré. J'ai regardé les deux premières saisons très vite parce que chaque épisode me prenait les tripes. Il y a du suspense. Il y a de la tension. Il y a cette musique envoûtante, ses longs plans, très longs, ou la caméra change de pièce, capturant vingt, trente ou quarante personnages différents qui s'affèrent à leur boulot. C'est impressionnant et poussé à l'extrême lors de l'épisode qui fut filmé en direct, pour le début de la saison 4. C'est pas seulement de la télévision, c'est du cinéma et c'est du théâtre.

J'ai arrêté parce que je devais bosser (blocus, vous vous souvenez ?), et j'ai repris à la rentrée. Petit à petit, épisode par épisode. J'ai beaucoup pleuré. Parfois, j'ai été agacée, parfois je me suis un peu ennuyée. Mais j'ai continué et j'ai tout vu. Oui oui, tout.

Ce que j'aime, c'est également cette habilité à laisser leurs personnages partir. Parfois un peu trop tôt, parfois parce qu'ils servait à rien, mais aussi, parce que c'est comme ça. Dans la vie, parfois, on fait des choix. On déménage, on accepte une promotion. Cette idée Grey's Anatomesque que l’hôpital est la chose la plus importante dans la vie d'un médecin est constamment prouvée inadaptée. Cette idée que les médecins sont appréciés pour leur travail, récompensés par l'admiration et la satisfaction des patients, et qu'être un docteur est facile et remise en question encore et encore. Etre médecin, c'est faire des compromis, à cause de la loi, à cause du financement, à cause de la protection des assurances. C'est pas juste sauver des vie, aider des gens : c'est toute une séries de règles qui se mettent au travers des idéaux et rendent les médecins impuissants. C'est frustrhttp://webmail.vub.ac.be/ant. Etre médecin ne veut pas non plus dire être parfait : Hippocrate ou pas, soigner les criminels, soigner les violeurs, meurtrier, parents abusifs, c'est difficile. Ne pas juger, c'est presque impossible. Alors parfois, nos héros font des choix, et ils en subissent des conséquences.

Certes, au fil des saisons, le quota de morts dans le personnel de l’hôpital et leurs entourage devient sacrément haut. Sans parler des amputations, chutes d'hélicoptère, d'avions, accidents de voiture, de bus, maladies contagieuses létales, explosions, prises d'otages, etc. : travailler au Cook County est définitivement dangereux. C'est un peu improbable, bien que des mesures soient prises au fil des saisons pour montrer que oui, on apprend de nos erreurs (sécurité renforcée, entrée contrôlée), mais que voulez-vous, c'est une séries télé. Les premières saisons sont géniales parce que relativement simple, mais quand on choisi de faire durer, il faut accepter de s'écarter de la réalité.

C'est dur de juger quand est-ce qu'ER a commencé à se dégrader - pour virer vers les dernières saisons notamment moins bonnes. Le fait que les départs des personnages soient graduels rend la coupure moins nette (que pour Scrubs, par exemple). La première rénovation du bureau d'Admission ? la seconde, la troisième, la quatrième ? Le départ du dernier membre du casting initial ? La disparition du génétique ? Qui sait. A un moment, je pleurais toutes les larmes de mes yeux pour la mort d'un personnage, et quelques épisodes après, les plus tragiques des incidents me laissaient de marbre. Mais j'ai tout vu, parce que, dans chaque saison, une intrigue me tenait au cœur, malgré tout (et c'est traître, parce qu'ER ne résous pas ses intrigues en deux minutes trente mais plutôt en quinze épisodes et plouf!, ça y est, une autre intrigue est là. Ils ont forts, très forts.). Je pense que j'ai cessé de m'impliquer après le départ de Mark, puis d'Elizabeth, parce que je savais que rien ne pourrait jamais me toucher autant. Puis à un moment j'ai réalisé que les longs plans qui rendaient la série si palpitantes devenaient rares, que la musique n'était plus la même et que l'air normal du casting initial disparaissait au profit d'infirmières jolies et de médecins secondaires charmants. Et j'étais arrivée à la dernière saison.

Ça m'a rendu nostalgique. je me souvenais encore des épisodes "hors du temps", où l'on se retrouvait hors du Cook County, soit pour enterrer le père Doug, soit pour être témoins de derniers moments en famille à Hawaii, soit pour suivre L'Alliance de la Médecine International en Afrique. On prenait le temps de l'éloigner de l'hôpital, parce qu'il y avait des choses plus importantes. J'étais nostalgique, mais presque à la fin, alors j'ai continué. Et là, surprise. Les dernières saisons - surtout la dernière saison - bouclent la bouclent. Comme le premier épisode. C'est la fin, ça se sent. Et la continuité ne dois pas être brisée.

La continuité, justement, est un des grand plus d'ER. Au fil des saisons, comme je l'ai dis, les personnages principaux partent - et parfois reviennent - et sont remplacés. Parce qu'il le faut bien. Les étudiants deviennent professeurs, mentee mentors et les relations évoluent de patrons à collègue à amis sans que cela ne nous paraissent particulièrement invraisemblable. Mais au milieu des turbulences, quelques piliers font la transition : quelques infirmières - Chuni, Haley, Lily - et ambulanciers sont les mêmes dans toutes les saisons et rappellent à leurs jeunes collègues d'un air nostalgiques "du temps de Mark Greene...". Le département change, mais reste le même, les personnages partent mais sont toujours là : coups de fils, cartes postales, skype,... Le départ de Doug Ross n'est pas si soudain que ça puisqu'il est constamment mentionné par la suite. Le personnages de Ray Barnett part à la fin de la saison 13 et n’apparaît que ans une poignée d'épisodes par la suite, mais ses coups de fils à Neela rendent leurs retrouvailles crédibles. Con-ti-nu-i-té. Nah, ils ne débrouillent vraiment pas mal, dans ce coin là, probablement parce que les acteurs sont plus que ravis de revenir pour quelques épisodes dans la dernière saison, histoire de se dire au revoir. Et ce, probablement encore, parce qu'ils aiment cette série autant que leurs spectateurs.

Cette idée de "bonne ambiance" rend également la série familière. Sans que les départs soient trop mélodramatiques (quand c'est pas une mort, il va sans dire), l'émotion est là. Chacun des acteurs semble avoir conscience de faire partie de quelque chose d'exceptionnel - je vous conseille de regarder la rétrospective diffusée avant le dernier épisode si vous en doutez - ce qui rend la série, elle-même, exceptionnelle. Parce qu'ils sont convaincus par ce qu'ils font, alors la série devient convaincante.

J'ai commencé par vous dire que c'est l'ambiance qui m'avait plu. Puis je vous ai avoué que c'est le drame qui m'avait poussé à engloutir des quinze saisons. Il y a autre chose qui me permet de classer ER dans la catégories des séries cultes : l'absence de jugement et la volonté d'information.

Les patient ne font que passer aux Urgences et que leur sort est rarement révélé au milieu du brouhaha du département. Dans les tumultes de l'épisodes, nous n'avons qu'un aperçu d'une situation qu'on devine plus complexe, mais cette aperçu est tout ce qu'il nous faut pour nous faire réfléchir. Au cours de la série, une quantité impressionnante de cas cliniques et sociaux passent les portes du Cook County Hospital. Les premières saisons, par exemple voient beaucoup de séropositifs (avec une petite boucle à la fin, lors de l'ouverture du Joshua Makalo Center), et permettent de rectifier les préjugés sur la maladie, sans oublier d'en définir les risques. Mis à part le SIDA, de nombreuses autres "problématiques" sont abordées, et les différents points de vus suggérés sans que (presque) jamais un jugement ne soit effectué.

L'avortement, la guerre en Irak, le financement du système de santé et ses limites, la responsabilité des malades mentaux - du schizophrènes violent aux déficients intellectuels parents - et les conséquences éventuelles de leurs actions, la place de la religion dans la médecine, l’euthanasie, les droits des couples homosexuels, l'émancipation, les addictions, la fautes professionnelles, les limites du pouvoir des services sociaux : toujours avec tact, ER présente les sujets sans leur apporter de solutions, juste pour informer et nous amener à la réflexion personnelle. Ancrée dans le monde réel, la série ne se cache pas derrière un idéal parfait ou l'état protège toujours les bonnes personnes.

Plus j'écris, et plus j'ai envie de remonter ma note (8 pour le moment). Il y a plein de bonnes choses dans ER. Beaucoup, beaucoup de bon. Les thèmes, la réalisation, l’ambiance des premières saisons seuls permettent de la classer dans les séries exceptionnelles. Certes, il y a aussi les cotés barbants, des histoires dramatiques qui n'en finissent plus, des personnages autodestructeurs qu'on peut comprendre mais qu'on peine à excuser, des répétitions, des méchants trop méchants. Mais cela a-t-il vraiment beaucoup d'importance ? Les meilleures séries ont eu des moments improbables. Des coups de mou. Des pertes de rythmes. Quinze saisons, c'est long. C'est pas toujours bon. Mais franchement, vous pouvez me citer une série aussi qui tiendrait le coup aussi longtemps sans perdre de qualité ?

ER c'est pas parfait. Ça a ses problèmes, c'est faillible. Comme ses personnages. Comme ses scénaristes : c'est humain.

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