De rythme et d'image

Avis sur Vincenzo

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J'ai hésité à mettre un 7 coup de coeur, pour garder une certaine objectivité, mais rien à faire, la fin approchant, j'étais triste que ça se termine : pour un drama en 20 épisodes entièrement teinté d'une violence immorale, c'est un exploit. Mais l'explication est simple et tient en un seul mot : réalisation.
Malgré l'humour qui fait peur aux premiers épisodes, ça ne rigole pas du tout. Le réalisateur ne néglige rien, la photo mérite son nom, chaque plan est choisi et la plupart sont d'une grande beauté, même quand c'est la cruauté qu'ils montrent. Les sons, les mouvements, les jeux de ralentis qui me gênaient au début mais dont j'ai compris l'utilisation au fil du temps : tout participe à une rythmique qui joue avec les battements du coeur. Et c'est ça, qui crée l'ascenseur émotionnel (voire les montagnes russes) permanent qu'est Vincenzo.

Note : bien que je ne révèle rien du scénario, mieux vaut avoir vu le drama avant de lire la suite de la critique :)

Finalement, le scénario, si on devait le pitcher, n'a rien d'exceptionnel. Ce qui fait qu'on accroche (sans pour autant marathoner), c'est ça ! La rythmique, ces écarts entre des humours basiques et des accès de violence, des affections tendues et des démonstrations d'ultra-violence. L'irréalisme qui flirte suffisamment avec le réalisme pour qu'on se laisse volontairement duper : les situations les plus improbables qui soient sont acceptées sans soucis, c'est comme entrer dans un autre monde. Un monde où les personnages sont tous des déséquilibrés (on a quelques tentatives de normalisations de certains, mais au final aucun personnage n'a ni des attitudes ni des réactions "relatable") : c'est dit très rapidement, nous sommes dans une bataille entre méchants, n'espérez aucune morale ou justification valable. Bien sûr, comme Vincenzo est attachant, c'est même ce qui fait sa puissance bien plus que ses capacités hors du commun (parce que oui, c'est hors du commun sur bien des points et le drama ne cherche pas à s'en cacher ni à s'en justifier, il ne s'enquiquine même pas à nous faire croire à un semblant de quelque chose : Vincenzo semble physiquement intouchable), les personnages s'agglutinent autour de lui, l'encouragent et l'appuient dans sa terrible voie. Or ce côté droit et doux qu'il a et sur lequel on insiste au début n'est qu'un aspect de sa personnalité. On nous la balance dès les premières minutes du drama, sa réalité, et bien qu'il soit montré comme un gentil, on nous rappelle sans arrêt, sans arrêt : attention, ne vous fiez pas à sa délicatesse, ce mec est aussi dingue, avide et cruel que ceux qu'il combat.

C'est là pour moi que le problème se posait : je ne savais pas sur quel pied danser, face à toute cette violence, j'avais l'impression que le drama justifiait la torture (psychique et physique) quand elle était exercée sur des méchants et qu'on passait dans l'utraviolence dès que les crimes étaient commis par le vilain principal pour faire contraste. Sauf que non. Vincenzo est d'une cruauté tout aussi épouvantable et il crée des scènes insupportables à regarder. Sa justification, il l'a, il nettoie les ordures, mais il ne se présente pas comme un héros. C'est un diable qui chasse un autre diable, c'est un chat qui joue avec sa proie et ne connait pas la pitié. Même si le drama pourrait donner à penser qu'il est montré sous un beau jour, au final, les dialogues et les plans sur le regard à la fois froid et brûlant de Song Joong-Ki démentent : c'est tout à fait clair, il vit dans un monde sans justice et agit comme il l'entend, point. Ce n'est pas un gentil qui se défend, c'est un taré qui déploie crescendo tout son attirail de violence quand il l'a décidé, pas avant ni après.

Bien que le drama tourne autour de ce personnage, les autres ne sont pas en reste. Tous les acteurs sont superbement bien choisis et dirigés, la façon dont ils bougent leur corps, dont ils crachent leurs dialogues (habituellement, les "étrangers" dans les dramas jouent très mal, ce n'est pas le cas ici, je n'ai été gênée qu'une seule fois par une réplique de Luca, c'est franchement pardonnable). Certes, on a des caricatures et c'est largement assumé, il y a donc des phrasés appuyés, des accents exagérés, des personnalités mal situées, mais ça donne un côté bande dessinée qui, pour ma part, a bien fonctionné. Tous les personnages, d'ailleurs, sont à un moment donné ou à un autre symbole de l'adage "les apparences sont trompeuses" (encore une fois, ça participe au rappel lumineux clignotant nous invitant à ne pas croire aux intentions pures de Vincenzo : et non ! il ne se repentira pas ! Il ne partagera pas plus que nécessaire ! Il ne reviendra pas en arrière !). Chapeau aux acteurs, donc ! Et au directeur de Casting.

Si je devais résumer rapidement, je dirait que Vincenzo c'est d'abord de l'image, du son et du rythme (et moi, il me suffit parfois de ça), des personnages aux traits marqués bien portés par leurs acteurs, qui jouent avec leur corps tout entier (J'ai très envie de faire une critique entière sur le jeu de Song Joong-Ki, mais ça prendrait le dessus sur le propos, et ce n'est pas le seul à être très bon), puis un entremêlement de messages, de références et de sous textes qui ne cherchent à aucun moment à forcer une leçon de morale (puisque de toute façon, la morale, on l'envoie valdinguer) ou une apologie malsaine.

Je ne ferais aucune mention des erreurs ou clichés par rapport à la culture italienne, bien que je la connaisse un peu. Pour moi, Song Joong-Ki fait du bon boulot et s'il est un peu à côté de temps en temps, ça reste pardonnable. Quand aux clichés, il me semble qu'ils sont moqués plus qu'autre chose.

Je recommande, même s'il me paraît évident que ce drama n'est pas fait pour tout le monde.

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