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« Antisémite ! » le mot sous forme d’accusation fait peur. Pourtant, le terme (forgé en Allemagne au milieu du XIXème siècle) est né de la revendication de certains Européens s’opposant politiquement au peuple dit « sémite ». Derrière l’absurdité pseudo-scientifique d’un tel terme, se cache une volonté de nuisance pouvant aller jusqu’aux persécutions. Au XIXème s. on se déclarait « antisémite ». Le terme a pris aujourd’hui une connotation péjorative et l’accusation d’antisémitisme est passible de poursuites judiciaires. Les antisémites sont devenus des diables en puissance. Et l’antisémitisme n’est plus en odeur de sainteté au côté des autres causes louables. Mais à l’époque il était courant de croiser des antisémites comme on croiserait aujourd’hui des écologistes. Il s’agissait d’une supra-conscience politique, conscience des enjeux sur la question juive, et conscience qu’il fallait trouver une « solution » à celle-ci.

De quelle opposition parle-t-on ? Opposition aux plans machiavéliques prétendument fomenté par la communauté juive (jusqu’au faussaire Protocole des Sages de Sion réédité par Rosenberg en Allemagne) : subversion des valeurs et des civilisations, dégénérescence des mœurs et de la culture, domination du monde, contrôle de l’argent, jusqu’aux sacrifices humains rituels qu’on leur prête. Le peuple juif fut l’objet de fantasmes populaires qui se sont petit à petit cristallisés dans l‘inconscient collectif : la série-documentaire retrace la généalogie de l’idée « antisémite » au risque de calquer ce mot sur une réalité anachronique.

La première étape de l’antisémitisme fut en fait l’antijudaïsme chrétien, c’est au coeur de celui-ci que s’est cristallisée la représentation du juif maléfique. La première fonction du « bouc émissaire » est en effet de « cristalliser » des qualités négatives. Dans l ‘EP. 3 un intervenant affirme que « c’est au cours des périodes critiques et de troubles de l’histoire que la perception du juif par les autres est la plus susceptible de devenir négative ». Cela corrobore ce que nous savons du mécanisme du bouc émissaire, il se forme à partir d’un moment critique du cycle des sociétés, quand celles-ci pour se souder à nouveau ont besoin d’un exutoire autour duquel se rassembler dans la violence (expiatoire). La crise conduit au lynchage collectif de la victime émissaire, et les nombreux pogroms dont furent victimes les juifs jusqu’à la fin du XIXème siècle (sous l’Empire Russe tout du moins) jusqu’à la Shoah s’expliquent très bien par ce mécanisme.

Cependant, n’y a-t-il pas un anachronisme à chercher les racines de l’idée antisémite dans l’antijudaïsme chrétien ? Pas complètement, si l’on en croit les représentations de juifs au nez crochu, les rouelles jaunes (couleur du diable) et les chapeaux pointus qu’on obligeait les juifs à porter. Dans la représentation chrétienne du juif on retrouve le caractère commun à tout bouc émissaire. La victime est innocente (souvent des femmes ou des enfants) et accusée d’empoisonner les puits, de boire du sang humain, ou de pactiser avec le diable. La concentration des qualités négatives catalyse les pulsions meurtrières. Comme l’affirme le psychanalyste du documentaire : « l’autre qui me ressemble est plus susceptible d’attiser ma violence que l’étranger absolu, car il est autre et moi-même, il peut donc me remplacer ». De là à expliquer la Shoah par une levée du tabou du cannibalisme comme l’a fait Vidal-Naquet, il n’y a qu’un pas… Il faut donc des qualités communes mélangées à des qualités étrangères pour former un bouc émissaire idéal. Ce qui est le cas du juif, vivant parmi les chrétiens.

Aujourd’hui l’antisémitisme est perçu négativement par la majorité des Européens et hormis quelques énergumènes qui s’exposent au ridicule sur Internet.  Il a d’abord fallu la reconnaissance des persécutions dont furent victimes les juifs pour conférer sa négativité au terme. Mais on peut se demander dans quelle mesure le prétexte d’antisémitisme permet d’empêcher toute critique à l’égard de la politique israélienne notamment, et à l’égard des coutumes de la diaspora ultra-orthodoxe, ou plus simplement à l’égard de toute personnalité juive qui agit mal. Le documentaire mélange un peu trop souvent l’antijudaïsme chrétien avec l’antisémitisme, qui me semblent quand même relever de deux mondes différents (des causes théologiques d’une part, des justifications pseudo-scientifiques racistes d’autre part). C’est la raison pour laquelle je suis un peu dérangé par ses ficelles qui peuvent paraître « grossières » et c’est la raison pour laquelle je ne lui mets que la moyenne.

-Aymeric
5
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il y a 1 mois

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45 commentaires

Histoire de l’antisémitisme
UnHommedeBien
8

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