On a parfois l’impression d’être devant un film de Garel (père) : un cinéma habité par le désir de témoigner de son amour du cinéma. Mais ici, cet élan prend la forme d’un collage pseudo-intellectuel qui prétend capter quelque chose de vrai et de sensible, tout en donnant surtout à voir un Paris fantasmé, anachronique, presque abstrait.
Tout semble surcomposé, saturé de références. Les plans paraissent moins chercher à observer qu’à signaler la cinéphilie dont ils procèdent.
Le récit se déroule dans le 11ᵉ arrondissement — comme si les jeunes y vivaient encore. Le quartier devient le décor d’une bohème imaginaire très petite-bourgeoise. La coloc aux murs ostensiblement déchirés évoque davantage une esthétique de la précarité qu’un lieu réellement habité. Dans ces immeubles mal isolés, l’humidité serait sans doute un détail plus fidèle à la réalité que ce papier peint soigneusement lacéré.
On est loin d’un Klapisch capable de filmer Paris sans le transformer en carte postale, ou d’un Audiard qui parvient à saisir un lieu et une génération avec précision.
Les acteurs jouent bien — c’est sans doute la qualité la plus immédiatement perceptible.
Pour le reste, tout semble appartenir à un temps incertain, comme si la jeunesse parisienne décrite ici relevait d’une époque indéterminée, peut-être imaginaire. L’idée d’ouvrir un bar à sushis paraît déjà datée : aujourd’hui, ce serait plutôt coréen.
Les personnages, eux, accumulent des traits très appuyés :
la figure de la jeune femme instable devient aussi celle de la lesbienne du groupe, et celle qui porte un passé tragique.
La jeune réalisatrice en devenir, censée parler d’amour, est caractérisée par son origine provinciale et son corps.
Le garçon sensible finit par rejouer un scénario patriarcal assez attendu, jusqu’à coucher avec la mère de son amie.
À cela s’ajoutent filtres, regards appuyés, silences supposés profonds. L’ensemble cherche manifestement une forme de gravité.
Mais rien ne semble véritablement tenir.
Le film reste dans un entre-deux : trop artificiel pour atteindre la vérité du réel, mais pas assez radical pour trouver la beauté d’un geste abstrait, l’énergie de l’absurde ou la force du grotesque.
Si l’intention était de produire une critique “méta” de ce milieu et de ses représentations, elle demeure difficile à percevoir.