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Le chaînon manquant entre le western et le film de gangsters

Avis sur Des hommes sans loi

Avatar Marvelll
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Des hommes sans loi, malgré son casting bankable avec en figure de proue Tom Hardy, est surtout le nouveau film de John Hillcoat, derrière l’excellent La Route et le western réputé The Proposition (faut absolument que je le voie celui-là), d'après le roman écrit par le petit-petit-petit-petit-petit fillot des trois frères Bondurant (héros du film), nan je déconne. Pour le petit-petit-petit hein, pas pour l’autre, l’écrivain du roman et accessoirement scénariste sur le film est bien un membre de la famille Bondurant et c’est même le petit fils de Jack Bondurant (incarné à l’écran par Shia LaBeouf).

Comme pour La Route, Des hommes sans loi brille par son réalisme, par la profusion des petits détails par-ci et par-là offrant au film une envergure lui permettant de s’affirmer très rapidement, rien qu’avec la scène d’ouverture et la première fusillade. Prohibition, ségrégation, ville décrépie aux relents « westernien », la Géorgie (Peachtree City), costumes, coiffures et surtout violence. C’est la première chose qui choque dans Des hommes sans loi. On est très loin de la pruderie des films dans le même univers. Ça tache, ça gicle, le sang est un élément omniprésent et certaines scènes sont tellement crues qu’on les croirait sorties d’un film d’horreur. Non, on ne rigole pas dans le nouveau film de John Hillcoat. On avait tous été traumatisé par les cannibales de La Route, désormais préparez-vous à être traumatisé à nouveau en tout cas, le long-métrage n’a pas démérité son interdiction aux moins de 12 ans et je suis même sûr qu’il a frôlé le 16.

En tout cas, moi ça m’avait vraiment plaisir de voir un film de gangster véritablement violent. Juste pour rappeler que c’était un univers loin de faire rêver, on n’est pas dans le monde des bisounours où les fusillades sont invisibles (les balles fusent et les hommes tombent comme des « comédiens »), il s’agit d’un univers d’hommes qui se mesurent et celui qui est capable d’aller le plus loin sera le vainqueur. D’ailleurs, on remarque une excellente transition entre ce monde des bisounours et la réalité du film. Jack Bondurant (Shia LaBeouf) assiste à une fusillade et commence à se monter la tête en voulant devenir un gangster de grande classe comme celui qui a gagné la fusillade. Or dans cette fusillade, on ne voit pas de traces de sang juste une mitrailleuse contre une voiture. Seule la voiture semble réellement souffrir, les conducteurs à l’intérieur sont quasiment dépersonnifiés – il est plus facile de tuer un homme dont on ne voit pas le visage.

Des hommes sans loi ne s’épargne pas non plus de moments romantiques dont un passage faisant passer le film à l’échelon supérieure. Sur une musique superbe, on y voit une union tant attendue. Il ne nous prive pas non plus d’une impitoyable escalade de violence ponctuée de rebondissements soutenus surtout grâce à un affrontement tendu entre les Bondurant et le méchant, un agent spécial joué par un Guy Pearce (retrouvant John Hillcoat pour la troisième fois) complètement habité et offrant un visage de méchant inoubliable. Pourtant le ridicule n’était pas loin. Gominé, teint, épilé, habillé comme un mec allant à un mariage, la panoplie du bouffon était là mais l’acteur s’en équipe et livre une prestation inquiétante et surtout sadique (qui a dit le Joker?). On a envie qu’il meurt, oh oui, on a vraiment envie qu’il trépasse et pas d’une simple balle dans la tête, on veut le voir ridiculisé, torturé et rien que pour ça, on lève les deux pouces vers le haut (pour reprendre une expression chère aux américains).

De l’autre côté, chez les Bondurant, on n’est pas en reste non plus. Commençons avec le plus évident, Tom Hardy, aucune surprise, le mec pue la classe, il vomit la classe, il chie même la classe. Bon, je suis moyen objectif vu qu’il fait partie de mon top 5 des acteurs préférés de tous les temps (avec DiCaprio et Pitt). En tout cas, signalons l’excellente filmographie récente de l’acteur qui mine de rien cumule les bons films : Bronson, Inception, Warrior, La Taupe et The Dark Knight Rises (oui, oui, j’ai omis Target mais ne l’ayant pas vu, je ne peux pas me prononcer), rien que dans cette liste, il y a un 10, deux 9 et un 8. En tout cas, Des hommes sans loi va rajouter une pierre autour de la légende Hardy grâce à un personnage légendaire et surtout à la grande surprise générale, il est aussi l’élément comique, c’est très fort. Vivement le prochain Hardy, Mad Max : Fury Road où il prend la suite de Mel Gibson dans le rôle de Max et c’est toujours réalisé par George Miller (derrière les trois Mad Max). Pour l’anecdote, le personnage de Tom Hardy (Forrest Bondurant) ne devait pas être aussi musclé mais malheureusement, le film ayant été tourné avant The Dark Knight Rises…

Le deuxième frère Bondurant est incarné par Jason Clarke, je ne connais pas assez bien la filmographie de l’acteur mais dans le film, il est plutôt bon réussissant à transmettre à la caméra cet esprit torturé par la guerre et embrumé par l’alcool. S’ensuit aussi dans un rôle secondaire, la révélation de 2011 dans le found-fountage super-héroïque Chronicle, Dane DeHaan. L’acteur de 25 ans réussit à prendre ses marques et bénéficie d’un rôle intéressant et essentiel. Le casting féminin est au poil, en même temps le réalisateur n’a pas pris de risques avec les toujours excellentes : Jessica Chastain et Mia Wasikowska. Pareil pour Gary Oldman.

Toutefois l’acteur le plus attendu, c’était Shia LaBeouf, quand on a grandi avec lui via la sitcom pour enfants La Guerre des Stevens, on a toujours un peu de mal à le voir autrement que comme un gamin dérivé de Denis la Malice. Autant cela collait bien avec le premier Transformers, ça devenait tout de suite plus difficile avec le troisième où la guerre éclatait mais le pire demeurait tout de même Wall Street : l’argent ne dort jamais où on avait l’impression que Shia avait brûlé des étapes en voulant passer directement au niveau supérieur. Dans Des hommes sans loi, il recule mais pour mieux sauter. Il incarne le plus jeune des Bondurant, une tête brûlée toutefois faible connaissant une évolution rappelant celle d’Al Pacino dans Le Parrain. Je suis content de pouvoir dire que le film permettra de réconcilier l’acteur avec ses détracteurs, le rôle lui allant à merveille car exploitant justement ses faiblesses. John Hillcoat ne s’était pas trompé.

On peut toutefois reprocher au film un manque d’épique mais ce serait nier le côté réaliste de l’ensemble, on est moins dans un film hollywoodien et plus dans une histoire tragique sur une époque trouble. D’ailleurs, il faut savoir que le film est inspiré par des faits réels sans être entièrement exacte en effet devant certains gros blancs dans l’histoire de sa famille, l’auteur a dû broder pour combler les trous.

« Des hommes sans loi raconte ce moment historique précis où le western finit et où le film de gangsters commence ». Les paroles du réalisateur John Hillcoat résume à merveille son nouveau long-métrage et son univers.

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