Laurence est un homme et Fred une femme. Dès l’intitulé, il y avait déjà de quoi tilter. Le couple vit une histoire d’amour assez intense et d’une incroyable complicité. Lui est prof de lettres, elle travaille dans le cinéma. Quand ils se parlent, on a l’impression qu’eux seuls se comprennent. Il est beau, elle est belle, ils sont un peu bizarres, un brin désaxés.
Et puis un jour, Laurence avoue un très lourd secret à Fred. Un fardeau qu’il porte depuis trente ans et qui l’empêche de vivre pleinement : il se sent femme et a décidé d’en devenir une. Vraiment.
La bombe est posée, reste à savoir comment le couple va s’en tirer. Aime-t-on une personne pour ce qu’elle est ou pour son sexe ? Peut-on faire fi du genre ? Pouvons-nous marcher à contre-courant par amour ?

Xavier Dolan a décidé de nous poser une colle. A travers son cinéma esthétiquement incroyable entre le très beau et le vilain, de plus ancré ici dans la fin des années 80 et le début des années 90 c’est-à-dire les pires en matière d’esthétisme, le jeune réalisateur porte une histoire d’une maturité ahurissante. Certes un peu trop long (2h40 tout de même), le film a le mérite de toucher et de proposer des pistes différentes en matière d’amour. Certaines scènes entre les deux personnages principaux sont de toute beauté avec des dialogues qui sonnent juste. Dolan n’exprime à aucun moment la volonté de nous offrir sa belle histoire d’amour de cinéma, mais nous conte celle d’un couple qui part en vrille, un couple normal en somme, qui se brise, tente de se reconstruire, se perd à nouveau etc. Et ce durant presque 10 ans.

Je croyais, avant de regarder ce film, qu’il allait parler de la transexualité et de la différence. J’ai été bien étonnée de constater que cet aspect n’était pas du tout le centre du film. C’est en fait le moteur de questionnements allant au-delà du désir profond de changement de Laurence, il touche les conséquences de ce désir sur les autres. Le personnage de Fred est en ce sens le plus intéressant des deux. Cette femme se retrouve tiraillée entre l’amour qu’elle éprouve depuis deux ans pour cet homme dont elle pensait sans doute qu’il serait celui de sa vie, et le constat glacial que son avenir est irrémédiablement changé. On comprend alors qu’un couple, ce sont avant tout deux individualités qui se rencontrent, deux égoïsmes qui se côtoient. Lorsque l’un prend l’ascendant sur l’autre, décide de prendre toute la place, même malgré lui, que doit faire le second ? Fuir ? Se résigner ? Tenir malgré tout ? Oui, mais jusqu’à quand ?

Alors certes, Melvil Poupaud offre son talent discret et sa silhouette longiligne à une Laurence touchante, mais c’est Suzanne Clément que l’on regarde. C’est Fred qui prime tout le long du film. C’est son histoire. Et qu’elle est belle Fred, avec ses cheveux roses, ses yeux de chatte et son accent canadien. Si un jour on m’avait dit qu’un film me réconcilierait avec cet accent que je n’ai de cesse de trouver ridicule, j’aurais bien ri ! Ici il coule tout seul, il s’efface, il s’anglicise au détour d’une phrase. Par ce langage parfois difficile à suivre, Dolan souligne sa volonté de montrer que dans la vie beaucoup de choses se mélangent. Mais lorsqu’il s’agit de sentiment et d’amour, on ne peut que se soumettre à l’inévitable alchimie. Celle qui réunit mais également qui éloigne, avec le temps. Et même si la raison, la volonté et le souvenir d’une vie passée, poussent Fred et Laurence à se retrouver de temps en temps, ils ne peuvent être dupes longtemps du constat cruel que leur couple n’est plus.

Laurence Anyways c’est donc l’histoire parfois bouleversante de deux êtres qui veulent s’aimer, qui le pourraient presque mais pour qui la nature a choisi autrement.
Before-Sunrise
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le 9 juin 2013

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