Nicky Larson : Private Eyes
6.6
Nicky Larson : Private Eyes

Long-métrage d'animation de Kenji Kodama (2019)

A tous ceux qui ont considéré le film Nicky Larson de Philippe Lacheau comme un bon hommage à l’anime, allez donc voir le film City Hunter : Shinjuku Private Eyes, puisque vous semblez aimer les hommages.


City Hunter : Shinjuku Private Eyes (ou « Shiti Hanta : Shinjuku Puraibeto Aizu », comme nous le dit si bien la voix off de la bande-annonce) est le film nostalgie par excellence. Que dis-je, film nostalgie, c’est du fanservice à l’état pur, un dégorgement incessant de détails placés pour donner la banane au spectateur.


« Eh, tu as vu, dis le réalisateur à celui qui regarde son film, tu as vu tout ce que tu as aimé quand tu as regardé City Hunter ? Eh bien, j’ai tout mis, tout. »


Et effectivement, il a tout mis. Vraiment tout. Et parfois, on se dit que ça va vraiment trop loin.
Autant les scènes de mokkori, indispensables à tout épisode, film, OAV, ou que sais-je, de City Hunter, sont très bien gérées (et d’ailleurs peut-être mieux animées et mises en scène que les combats), autant c’était pas franchement pertinent de mettre les Cat’s Eyes, en nous expliquant qu’elles sont là parce que… parce que… Enfin merde, elles sont là, alors les fans devraient être heureux !


Et les génériques, ne les oublions pas, les génériques, car ils sont tous dans le film, tous sans exception, autant ceux de début que de fin, plus ceux de Cat’s Eyes, plus les musiques emblématiques. Leur insertion dans l’histoire était bien gérée, certes, mais ça ne fait que montrer encore plus à quel point le film joue tout sur sa nostalgie. Mais d’un autre côté, heureusement qu’ils ont repris les vieilles musiques, quand on entend la laideur des chansons inédites.


Mais le film, qu’en est-il du film en lui-même, puisque je n’ai pour l’instant parlé que du fanservice ? Eh bien clairement, je m’attendais à mieux.


L’animation, pour commencer : City Hunter était en-dessous de mes attentes. La qualité de l’animation est inégale au long de l’histoire, et la première moitié est mieux animée que la deuxième. Pour le coup, je ne sais pas s’il s’agit vraiment d’une baisse de qualité réelle parce que les animateurs ont mal géré leur budget ou leur planning, ou bien si ce sont les drones en CGI moche de la dernière bataille qui enlaidissent le tout. Je pense qu’il s’agit des deux, tant l’animation cassait pas trois pattes à canard, même en l’absence de CGI.


Toujours est-il que Sunrise m’a déçu, surtout pour un projet aussi gros. La notoriété et la nostalgie jouant, il était certain que City Hunter serait un des films faisant le plus d’entrée de sa saison au Japon (et c’est ce qui s’est effectivement passé). Pourquoi alors n’ont-ils pas plus investi sur le film, tant en terme d’argent que de temps ? Parce qu’on ne parle pas de n’importe quoi, quand même : il s’agit de City Hunter, de retour après plus de vingt ans d’absence.


Mais l’animation n’est pas tout, il y a aussi le scénario, et dans celui-ci, on trouve d’un peu tout, à condition bien sûr de creuser sous le fanservice. Et croyez-moi, ça va du très bon au très mauvais, avec une pointe d’incohérence.


Dans le très bon, on peut noter l’effort (réussi) de modernisation de City Hunter. On a de tout : des smartphones, des drones, un shinjuku vieilli de presque trente ans, et pourtant, ça passe. A aucun moment, ça ne gêne, à aucun moment on ne se dit que ça n’est pas du City Hunter, et le film arrive même à concilier la technologie avec son aspect fanservice, en y ajoutant de très bons éléments. Prenons Umikobozu : il était mignon, il apportait une touche de tendresse à Umibozu et il déposait à sa façon de la légèreté dans l’histoire. Ce souci de concilier la technologie avec City Hunter se retrouve dans l’enjeu même du film et dans la bataille finale contre les drones en CGI moche.


Dans le bon, aussi, on remarque que l’histoire est assez entrainante, et que, entrainé de Mokkori en scène dramatique et de scène dramatique en combat, le spectateur ne s’ennuie pas. Les plans s’enchainent assez naturellement, sans trop de longueur, bien rythmés par la musique toute droit venue de l’anime original.


Mais il n’y a pas que du bon, malheureusement, et certains aspects du film touchent même au ridicule. La bataille finale commence de façon palpitante, mais son enjeu s’estompe extrêmement vite, et finit par tourner au nanar. Ryo et Umibozu, seuls, combattent une gigantesque armée de drones équipés d’armes lourdes et d’un algorithme presque futuriste. Ouah, voilà qui est palpitant, on doit ressentir le danger !


Non, désolé, il n’y aucune tension. Aucune. Vraiment. Les robots sont ridicules, parce qu’ils ont à la fois la précision du stormtrooper et la létalité d’un personnage de l’Agence Tous Risques, et qu’on ne ressent pas le danger que courent les personnages. A plusieurs moments, les drones tirent à cinq mètres de distance de leur cible, en la prenant par surprise… et la ratent. Et toujours, les traces que font les balles en percutant le sol suggèrent que les drones visent en réalité un point situé un mètre en dessous des pieds des personnages. Et jamais nos héros ne subissent de blessures, pas même une égratignure ou petite tâche de boue sur leur manteau. Même les missiles tirés par le Faucheuse d’Acier, quand ils explosent à deux mètres de Ryo, ne font rien d’autre que le propulser trois mètres plus loin à cause de l’onde choc (les explosions, c’est surfait). Les missiles en question ont d’ailleurs toujours l’amabilité de ne pas être tirés dans la direction exacte de notre City Hunter favori, sauf, bien sûr, quand ce dernier esquive.


Oui, oui, vous avez bien lu, Ryo esquive des missiles. Et à plusieurs reprises, il touche sa cible en faisant ricocher sa balle sur un lampadaire. Et aussi, il survit à une explosion à vingt mètres de lui qui fait s’effondrer le tunnel dans lequel il est. Mais bon, sachant que c’est quand même City Hunter, à savoir celui qui détournait un missile ou détruisait un hélicoptère d’une seule balle, est-ce qu’on peut vraiment lui en vouloir ? Personnellement, j’accepte. Sauf pour le coup de l’explosion du tunnel, qui est quand même ridicule, on va pas se le cacher.


Autre point : le méchant. Soyons clairs : il possède les défauts que ne dois pas surtout pas posséder un personnage important : il est con et il est incohérent. Ajoutons à cela, même si c’est moins grave, qu’une partie de son développement ne sert à rien et que le spectateur, s’il n’est pas trop con, voit tout de suite qu’il est le méchant (même si ça, je pardonne, parce que c’est City Hunter. Quelle excuse facile).


On aperçoit ledit méchant pour la première fois aux informations télévisées, et il est directement présenté comme PDG de la société Dominatech. Oui, Dominatech. Je suppose qu’ils n’ont pas réussi à trouver de nom d’entreprise qui fasse plus méchant que ça. La deuxième fois qu’on le voit, c’est dans un studio photo où sont réalisées des photographies publicitaires ; lorsqu’il arrive, Ryo et Kaori sont déjà présents, car ils escortent la City Hunter girl du film, qui est en train de poser pour une publicité pour des lentilles de contact. Dans le cadre de cette publicité, on prend des photos de son œil en gros plan. De plus, il est suggéré que le méchant dispose d’une grande notoriété, au point qu’il soit invité par le propriétaire des lieux à visiter le studio. Ne me demandez pas pourquoi un PDG d’une boite de haute technologie visite en personne un studio photo, parce que ça sert juste à aider l’intrigue. Enfin, à la saboter. Enfin, merde.


Toujours est-il que, bien plus tard dans le film, le méchant s’arrange pour effectuer un scanner rétinien de la City Hunter girl. Ah ah, c’était en fait son plan depuis le début. Sauf qu’en fait, c’est con. Il pouvait tout simplement s’arranger pour récupérer ce scanner plus tôt, quand on ne le soupçonnait pas encore d'être le gros vilain méchant. D’autant plus qu’il pouvait faire ça complètement discrètement, vu qu’elle pose pour une pub de lentilles de contact. Mais je suppose que s’il avait vraiment fait ça, ça aurait raccourci le film d’une heure.


Autre point : il n’est pas cohérent. A un moment du film, on a un flashback de lui enfant, où on le voit lire un traité d’aérodynamique. Très bien, se dit le spectateur, il doit donc être ingénieur. Dans la première moitié du film, il est présenté comme patron d’une société de robotique, ayant fait ses études en Amérique. Bah, se dit encore le spectateur, la robotique, c’est de l’électronique et de la mécanique, c’est cohérent. Enfin, tard dans le film, on découvre que ce qu’il a fait en Amérique, c’est écrire un traité relatif à la guerre moderne, vu sous son aspect géopolitique. Et là, ça ne tient plus. Était-ce si dur de rendre le personnage cohérent ? Je ne sais pas, moi, lui faire l’Art de la Guerre au lieu d’un traité d’aérodynamique. Tout le monde sait ce que c’est, l’Art de la Guerre, et tout le monde comprend alors comment il peut arriver où il en est vers la fin du film. Mais non, c’était trop facile, apparemment.


Enfin bon, je digresse, je digresse, mais qu’ai-je vraiment pensé du film ? Eh bien, malgré les critiques que j’ai émises, j’ai bien aimé et je le conseille à tous ceux qui aiment City Hunter. Certes, il souffre de gros défauts et d’incohérences, mais ça reste du City Hunter. Et City Hunter, c’est une recette qui marche toujours.

imperosol
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le 15 juin 2019

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