Ce roman noir, basé sur une histoire vraie, va nous emmener dans le Londres de la fin des années cinquante, jusqu’au milieu des années 60, prélude aux « Swinging Sixties ».


C’est une période de grand boum artistique. L’émergence de la culture de « masse » où l’on voit fleurir le Pop Art d’Andy Warhol, le rock'n’roll, les couleurs bigarrées, le style beatnik etc…


Les jeunes se saoulent de fêtes et de rencontres hasardeuses d’où naissent des espoirs immenses. Ils y cassent les codes et le carcan puritain Britannique. On n’échappe pas non plus au revers de la médaille : attraction malsaine de l'argent, perversion, corruption…


Dans ce polar, on va suivre deux histoires qui vont se dérouler en parallèle sans pour autant se rencontrer :


La vie de quelques jeunes artistes bohèmes un peu marginaux mais ambitieux qui vont surfer sur la vague du succès avec des idées avant-gardistes qu’ils débattent le jour, la nuit, du matin au soir et du soir au matin. Artistes peintres-créateurs, musiciens, mode, styliste. On y croise muses et artistes. Parmi eux, l’une d’elle va devenir styliste de mode mais ce n’est pas ce qui la caractérise le plus en fait.


Ce sont plutôt ses rêves prémonitoires de crimes perpétrés sur des filles de la rue dans son quartier sur fond de musique discordante, cacophonique et lancinante, qu’elle fait régulièrement, mais surtout qui se concrétisent ! Elle est dans la peau des victimes, elle voit ce qu’elles voient…


En parallèle, nous suivons Pete Bradley, le flic qui a découvert la première victime, la fille à la robe rayée, en 59. A l’époque, il avait relevé certains détails et fait quelques déductions qui avait impressionné un Inspecteur du CID venu prendre la relève du dossier. Puis, Pete, a poursuivi son chemin, apparemment « suivi » de loin par le fameux inspecteur Bell du CID (Criminal Investigation Department) ; Pete passera brillamment l’examen de Sergent et se retrouve stagiaire au CID où il fera ses preuves, pour finalement accepter une « mission » plutôt « confidentielle » dans le West End.


L’écriture imagée fait « vivre » l’époque, on y est, on s’y croit, on "ressent" les choses. Certes l’intrigue se déroule tranquillement sans accélérations sur les chapeaux de roue. Ici pas la peine d’y chercher de l’action « fracassante », des courses-poursuites haletantes, des revirements à 190°C à toutes les pages.


Non ! Ici, on parle d’un polar « d’ambiance » et d’atmosphère qui prend le temps de dérouler l’histoire, de poser les personnages, d’y apporter toute l’attention nécessaire, sans qu’aucune longueur ne puisse être relevée. On vogue doucement, tranquillement dans un univers temporel parfois onirique et terriblement mélancolique.


Le décor aussi s’installe tranquillement. Nous avons de belles descriptions de Londres (nocturnes principalement). Elles nous entrainent dans des bas-fonds, des quartiers mal famés et quelques « beaux quartiers » également. C’est très « visuel » à la limite du « cinématographique » (il a fait d'ailleurs l'objet d'une adaptation au cinéma il me semble). Je dirais que ce roman est typiquement d’atmosphère anglaise (et pourrait même être « américaine » aussi … je pense au Dahlia Noir autant dans la forme que sur le fond).


Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman ? C’est incontestablement son originalité non dans le récit par lui-même mais par ses références parfaitement maitrisées au Jazz, ses repères bibliographiques et musicaux. Le fait d’avoir utilisé en entrée de chapitre des « tubes » de l’époque qui caracolaient en tête des hit-parades follement « fashion » à l’époque.


« Le titre lui-même est celui d'un morceau de jazz traditionnel composé en 1956 par Humphrey Lyttelton. Ce fut le premier disque de jazz britannique à entrer dans le Top Twenty et y resta six semaines. Son succès est dû en grande partie au riff de piano boogie très accrocheur, joué par Johnny Parker et mis en avant par le producteur Joe Meek. Paul McCartney a basé sa partie de piano pour la chanson des Beatles " Lady Madonna " sur ce riff » [source Wiki].


Cette auteure nous révèle une culture musicale impressionnante. Le récit tient là sa particularité.


Petit détail aussi qui m’a fait sourire : la perception pour le moins « exotique » de la France et de ses habitants, assez « stéréotypée » mais pas « baguette, Beret et bouteille de rouge », non plutôt ce qui se rapproche de ce qu’on dirait nous, le style « Italien » ! :-)


La littérature anglaise du genre est ici bien représentée. Elle est radicalement différente du style français actuel. Je ne me hasarderai pas faire des parallèles car on ne compare que ce qui est comparable… Mais je ne suis pas déçue de ce tempo soft, mesuré et nonchalant, reposant et feutré… qui me plait plus finalement, qu’un thriller qui dépote et qui vous laisse étourdie et parfois insatisfaite.


Vous l’avez compris, je suis « emballée » par le style de l’auteure et je vais plonger dans un autre de ses romans, intitulé « Zarbi » (« Le chanteur » suivra certainement) !!!!


Un grand merci à mon pote François pour la découverte de l'univers de Cathi Unsworth!


Éditions Rivages/Noir (2012)


Détail de ma notation:
Mon intérêt en début de lecture : 8/10 – milieu de lecture : 9/10 – dernier quart et final : 10/10
Ma note globale : 9/10


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KrysAline
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le 26 janv. 2020

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Krys Aline

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