Ryuichi Sakamoto – 12 – (2023)
Très peu porté sur l’ambient j’avoue ne pas trop m’y connaître, même si c’est un genre auquel je prête de temps en temps une oreille, particulièrement lors d’une recommandation. Ryuichi Sakamoto est un spécialiste du genre qui livre avec « 12 » sa toute dernière œuvre, composée alors qu’il est déjà bien malade.
C’est un double LP avec douze compositions, d’où le titre. Peut-être cet album est-il en forme de bilan, mais je suis bien mal placé pour le dire. Ce qui est sûr c’est qu’il est reconnu pour être un maître de l’ambient et qu’il a laissé derrière lui une forte empreinte, il a également composé des musiques de films et une œuvre colossale dont je n’appréhende ni la forme, ni l’importance.
J’écoute donc ce double album comme s’il s’agissait de découvrir un continent inconnu, il est parfois des musiciens qui ne livrent pas tout dès le premier album et dont les secousses ultimes, en ne conservant que l’essentiel, résument une œuvre entière. Je pense particulièrement à Carla Bley.
Douze pièces donc, particulièrement denses, elles sont nommées et présentées par date, « 20210310 » commence l’album, avec des synthés sur la première pièce qui fonctionne comme un drone, dès la seconde un piano intervient et je décide de laisser aller la musique sans plus me préoccuper des pièces, de leur nom et de leur ordre, appréhendant l’œuvre dans son entier, comme un long fil qui serpente…
Ce qui marque avant tout c’est l’extrême gravité, il y a une âme ici, ce pourrait-être déjà un mystère pour une musique que je vois souvent comme superficielle. De la gravité mais aussi de la densité, du poids, bien que tout semble léger, parcimonieux, sans aucune marque de virtuosité, ou de vélocité, à l’opposé même…
L’ambient ici est un drap, il vous enveloppe doucement, sans même vous soulever. C’est une couverture qui vous apporte la chaleur, la douceur, avec un poids léger qui caresse et, avec la fréquence de la vague, se retire, puis revient, avec des senteurs marines et ambrées…
Où nous emmène ce voyage si particulier ? Vers quels confins ? Quels passages ultimes, doux et sans retour ?
La dernière face qui commence est consolante, presque joyeuse et sautillante, comme innocente, avec la vie qui palpite gracieusement. Elle semblerait presque frivole, bien que posée, comme des souvenirs qui palpitent et reviennent…
Les souvenirs, qui sont la vie de l’au-delà, parfois allumés, ranimés, puis qui s’effacent comme un nom sur la pierre…