Hamza revient après son mini EP 140 BPM, projet surprise où l'artiste belge s'essayait à la drill tout en y incorporant sa sauce (musicalité et imagerie). L'annonce d'un deuxième opus en format album pouvait légitimement laisser des doutes sur la capacité du H à délivrer un projet frais et varié avec un genre aussi étroit. Ce parti pris s'est inscrit pour moi comme un défi intéressant pour Hamza, lui qui entretient un rapport spécial avec les tendances : sa musique a toujours incarné pour moi cette mixture magique entre musicalité folle et réappropriation des tendances américaines, avec une manière d'oscillier entre la démesure et une forme de ridicule bien venue. En bref, la concorde entre l'essence d'Hamza et l'esprit drill me paraissait tout à fait envisageable. Alors j'ai mis de côté mes affects pour sa musique plus planante et expérimentale, et ai appréhendé ce projet avec l'idée qu'il pouvait s'imposer comme un nouvel étendard de la versatilité d'Hamza.
Et franchement pour moi, en oubliant les feats un peu plats où il semble s'amuser tout seul, le défi est réussi. La sauce prend, dans la mesure où l'aisance et l'absence de doute de l'artiste anime la quasi totalité du projet. À l'exception de Fake Friends — morceau produit par Hamza qui laisse un goût de tentative inaboutie — on ressent le belge en terrain conquis, de par des énormes flows propres à l'artiste mais aussi par une habileté lyricale inhabituelle : plus incisif et punitif. Certes le genre offre moins de potentiel « musical », donc l'album ne semble pas aussi dense qu'un Paradise ou 1994, mais sincèrement le petit prodige s'est quand même démené pour étaler au maximum sa palette, habituellement si riche : en témoignent des morceaux comme Cheikh (prod exceptionnelle de Lucozi), Jalousie, voir même PTSD.
Au delà de cette facilité, la touche démesurée aux frontières du grotesque est exacerbée avec cette direction artistique sombre et punitive, formant un parfait exutoire pour déverser la folie hamzaesque (à son paroxysme dans H-24 et Zombie Life). Cette démesure jouissive est parfaitement disciminée dans les visuels du clip Réel, où Hamza incarne une espèce de lutin diabolique stylé, qui lâche ses meilleurs sourires et pas de danse devant un bataillon armé jusqu'au dents ; mais également avec cette petite fulgurance sur Shakira, un petit « Tsamina eh eh » délivré dans le morceau plutôt crade Spider — symbole d'un Hamza qui s'aventure décomplexé dans cette zone subtile entre le pur style et le risible.
Imagerie & folie, appropriation de la drill, taff monstrueux sur les prods... Il ne m'en fallait pas plus pour valider ce nouveau projet. 140 BPM 2 ne m'a évidemment pas transcendé à la hauteur d'un Zombie Life par exemple, mais il me paraît suffisament riche pour se frayer une place digne dans la discographie d'Hamza. Ça fait du bien !