1917 (OST)
7.3
1917 (OST)

Bande-originale de Thomas Newman (2019)

Avec 1917, Sam Mendes délaisse l'univers de James Bond pour revenir à un récit beaucoup plus intime. Inspiré d'une histoire racontée par son grand-père, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, le film suit la course contre la montre de deux soldats chargés d'empêcher un massacre imminent. Sa mise en scène, conçue pour donner l'illusion d'un unique plan-séquence, impose une approche musicale bien particulière.


Thomas Newman retrouve ici un réalisateur qu'il connaît parfaitement. Pourtant, plutôt que de privilégier l'émotion ou le lyrisme auxquels il nous a souvent habitués, le compositeur choisit une écriture beaucoup plus immersive, destinée avant tout à accompagner le mouvement ininterrompu du film.


Dès les premières minutes, cette orientation apparaît clairement. La partition repose largement sur des textures électroniques, des percussions discrètes mais constantes, des instruments acoustiques détournés de leur usage traditionnel et une multitude de petits effets sonores qui participent davantage à la construction d'un climat qu'à l'élaboration d'un véritable discours mélodique.


Cette démarche rappelle inévitablement certaines tendances récentes de la musique de film, notamment l'approche développée par Hans Zimmer dans Dunkerque. Bien entendu, Thomas Newman conserve sa personnalité orchestrale si particulière, mais l'objectif semble similaire : privilégier la sensation physique, la tension permanente et l'immersion plutôt que le commentaire émotionnel.


À l'image, cette stratégie fonctionne admirablement. En revanche, l'écoute isolée de l'album se révèle plus exigeante. Une grande partie des morceaux s'appuie sur des motifs rythmiques très discrets et des textures sonores qui peinent parfois à retenir durablement l'attention.


C'est précisément pour cette raison que les véritables moments de grâce frappent avec une telle intensité.


Le morceau 1917, placé en ouverture de l'album malgré son apparition plus tardive dans le film, laisse déjà entrevoir un visage plus mélodique du compositeur. Cette impression se confirme rapidement avec *Gehenna*, superbe construction où un délicat thème de piano émerge progressivement d'un environnement sonore volontairement instable. Peu à peu, les cordes et les cuivres prennent le relais jusqu'à atteindre une ampleur remarquable.


A Scrap of Ribbon reprend cette même idée avec encore davantage d'émotion. Après plusieurs minutes dominées par les textures atmosphériques, le retour du piano agit comme une véritable libération. C'est dans ce type d'écriture que Thomas Newman retrouve toute sa singularité.


Les séquences plus mouvementées demeurent relativement rares. *Lockwood* constitue sans doute le passage le plus proche d'un véritable morceau d'action. Même ici, le compositeur refuse pourtant les effets spectaculaires traditionnels et préfère bâtir sa tension sur un jeu de pulsations rythmiques et d'accents orchestraux soigneusement dosés.


Plus contemplatif, Croisilles Wood séduit par son dépouillement et sa délicatesse, tandis que Come Back to Us offre une conclusion élégiaque d'une grande sensibilité.


Les deux véritables sommets de l'album arrivent cependant plus tard.


The Night Window rappelle immédiatement le meilleur Thomas Newman. Les cordes y déploient une mélodie d'une beauté saisissante, portée par une émotion sincère que le compositeur n'avait plus exprimée avec une telle intensité depuis plusieurs années. C'est incontestablement l'un des plus beaux morceaux de toute sa carrière récente.


Tout aussi impressionnant, Sixteen Hundred Men surprend par son ampleur dramatique. Son architecture évoque presque certaines grandes pages de Hans Zimmer, notamment The Thin Red Line, tout en conservant la finesse d'écriture propre à Newman. Le résultat est spectaculaire sans jamais perdre sa dimension profondément humaine.


Ces instants exceptionnels rendent toutefois l'appréciation globale de la partition particulièrement délicate. D'un côté, plusieurs morceaux comptent parmi les plus inspirés du compositeur depuis longtemps. De l'autre, une grande partie de l'album privilégie une écriture fonctionnelle qui, en dehors des images, peine à maintenir le même niveau d'intérêt.


Cette impression n'enlève rien aux qualités du travail accompli. 1917 remplit parfaitement son rôle au sein du film et accompagne avec une remarquable intelligence la mise en scène de Sam Mendes. En revanche, son écoute autonome demande patience et persévérance. Ceux qui accepteront cette traversée seront récompensés par quelques pages absolument sublimes, mais elles émergent d'un ensemble qui demeure parfois plus fascinant sur le plan cinématographique que véritablement passionnant sur le plan musical.

evolution999
5
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le 4 août 2026

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