Kaoru Abe Trio ‎– 1970年3月, 新宿


A la lecture de « Free jazz Manifesto » l’idée de ressortir quelques enregistrements m’a pris, après « Armonicord », « Afternoon of a Georgia Faun », « Ray Russell Live At The I.C.A. », « Paeso Del Mar », et d’autres encore dont j’avais parlé avant, sans savoir qu’ils figureraient dans le livre. Voici « 1970.3.15 Shinjiku » par le Kaoru Abe Trio. Lisons ce qu’en dit Philippe Robert :


« Seuls Milford Graves ou Lee Konitz ont chanté les louanges de Kaoru Abe en son temps. Impros convulsives et par strangulation au sax alto. Ethique du cri ! »


En quelques mots tout est dit, un côté génie méconnu et incompris. Les expressions «impros convulsives » renvoient à un vocabulaire limite médical, comme s’il appartenait à une autre espèce ou qu’il était hors normes et malade, spasmant dans un caniveau. Le mot « strangulation » évoque la mort jeune du musicien, à vingt-neuf ans par overdose médicamenteuse, mais il met en exergue un autre aspect du musicien qui souffle jusqu’à s’étrangler, comme si la mort était sœur de son envie de jouer, ou conséquence et aboutissement de son art.


Peut-être que je grossis le trait, mais tout ça me semble assez vrai. Cet enregistrement se distingue dans la discographie de Kaoru car il aime le plus souvent jouer seul, c’est essentiellement un solitaire, or ici il joue exceptionnellement en trio, en compagnie de Senda Keiichi au piano et de Nita Kazunori à la batterie.


Il n’est écrit nulle part que ces trois musiciens savaient jouer de façon académique, ni qu’ils maîtrisaient en pro la technique de leurs instruments, ou encore qu’ils connussent le chemin par lequel la musique qu’ils jouaient les emmenait. Mais ça n’a aucune importance. Non, ce qui compte, c’est l’énergie, le cri et le râle tout droit venu de chez Albert Ayler, celui de la période ESP, le véritable, écorché, naïf et Saint.


Chez Kaoru se retrouvent le souffle et le martyr d’Albert. Bien que ce dernier ne soit qu’une influence, car Kaoru est son propre maître et la musique qui sort de lui est avant tout le reflet de son âme. Il joue de l’alto de façon énervée, colérique, tordant les sons, montant et descendant la colonne de son alto, puis changeant de voie avant de glisser trop ou de chuter.


Bien qu’il soit plutôt à ses débuts en tant que saxophoniste, on s’accorde souvent à considérer ses concerts des années soixante-dix parmi les meilleurs de sa discographie. Il est vrai qu’ici la batterie de feu, de flammes et d’enfer ainsi que jeu du piano, dramatique à souhait, soulignant les cris de Kaoru, donne du corps et du poids à son discours, des stimuli également pour ne pas pleurer seul.


Il a été plusieurs fois question de kaoru Abe ici, on se souviendra, en solo de l’album « 1972 Winter ».

xeres
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le 26 juil. 2025

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