20 ans des Inrocks en 100 chansons, tout un programme... Je ne suis pas particulièrement critique vis-à-vis de cette publication que je ne connais que comme une capsule vers les années 90 via des numéros épars glanés au hasard dans des librairies et disquaires d'occasion.
Un rapide coup d'oeil à la tracklist indique déjà un quasi-sans-faute pour le premier disque, chroniquant le départ tonitruant du rock alternatif dans la seconde moitié des années 80 avec des groupes majeurs tels que The Smiths, The Cure, Pixies et Sonic Youth. Tout au plus pourra-t-on chipoter sur l'inclusion de Big Audio Dynamite et M/A/R/R/S, avec deux titres electro certainement novateurs à l'époque mais qui ont aujourd'hui un peu trop vieilli, ou bien sur celle de The Charlatans après The Stone Roses, dont ils n'étaient encore à l'époque que des imitateurs, aussi sympa soit leur tube "The Only One I Know". Mais bon, impossible de bouder son plaisir sur ce premier disque bourré de tubes, à la sélection certes un peu clichée et déjà rendue caduque par des compilations autrement plus exhaustives telles que Left of the Dial: Dispatches From the '80s Underground et The Brit Box: U.K. Indie, Shoegaze, and Brit-Pop Gems of the Last Millennium.
Le second disque est le plus ambitieux et couvre six années, brassant assez largement entre tubes Britpop ("Common People", "Wonderwall"), ténors du rock alternatif américain et parsemé sur tout ça, un peu de hip hop et d'electro, ainsi qu'une fugace apparition de Dominique A pour représenter la France. Parmi les bonnes surprises, on trouve une espèce de mashup/remix de Massive Attack et Portishead que je ne connaissais pas, ainsi que le sympathique "Frank Sinatra" de CAKE. Au final, une sélection tout à fait solide, plutôt représentative de la variété de l'alternative des années 90, et aux chois un peu moins évidents que sur le disque 1.
Moins de la seconde moitié de la décennie est ensuite couverte sur deux disques, probablement suite au changement de rythme de parution du magazine, devenu hebdomadaire en 1995. Les deux disques couvrent assez largement la folie electro de la fin des années 90, entre tueries big beat qu'on connaît par coeur et French touch soporifique. Le rock alternatif commence à laisser sa place à l'indie pop, tandis que certaines sélections (Placebo, Kelis) laisse pointer une envie désespérée de paraître in et que l'apparition de Katerine semble des plus hors de contexte.
L'ensemble de la compilation ne laisse effectivement qu'une toute petite place aux artistes pop/rock francophones, et c'est sûrement tant mieux vu que la publication ne rechigne pas à inclure les infâmes Cali et Vincent Delerm, mais ces quelques apparitions n'en sonnent alors que plus hors de propos. Le magazine semble de plus perdre de vue sa ligne éditoriale à l'orée des années 2000, avec un gloubi-boulga electro/indie pop/rap. On retrouve les sensations indés de la décennie qui aujourd'hui ne sont qu'un lointain souvenir embrumé de la fadeur la plus tenace (Phoenix, Franz Ferdinand, Bloc Party) ainsi qu'une tentative de juxtaposer le hip hop electro/hardcore de Dizzee Rascal à la comptine suicidogène de Vincent Delerm.
En bref, il y a tout un tas de bons morceaux dans cette compile, dont les quatre premiers disques offrent un très bon tour de vue des années 90 après un prologue sur la décennie précédente. Les deux derniers disques chroniquent eux admirablement la perte de crédibilité d'une publication sombrant dans le pathétique et la ringardise.
disque 1. 4.12/5
disque 2. 3.89/5
disque 3. 3.75/5
disque 4. 3.53/5
disque 5. 3.15/5
disque 6. 2.97/5