Spontaneous Music Ensemble – A New Distance - (2005)


Je suis déjà passé plusieurs fois par l’étape « Spontaneous Music Ensemble » sur ce fil, groupe d’improvisation anglais, assez incroyable, avec plusieurs facettes et une facilité presque vitale à se renouveler, particulièrement par le départ et l’arrivée continuelle de musiciens nouveaux, qui apportent du sang neuf et de nouvelles idées, mais qui profitent surtout de l’incroyable machine à improviser qu’est devenu le groupe, une véritable école à la musique libre, une fenêtre grande ouverte sur la liberté musicale…


Ainsi chacun doit pouvoir entendre et écouter les autres, rien ne sert de galoper seul dans le cri où l’embardée solitaire, il faut avant tout être à l’écoute, et se mettre au service de l’aventure collective, dans le partage et la construction commune. Avec cet album nous sommes vers la fin du parcours, depuis l’origine John Stevens, batteur et percussionniste, mais aussi joueur de trompette de poche, est l’âme de la formation, celui qui mieux que tout autre l’incarne.


Est présent sur cet album la toute dernière mouture de la formation, avec l’extraordinaire John Butcher qui joue des saxophones soprano et ténor, il est magnifique, rappelant le grand Evan Parker. Il y a également Roger Smith à la guitare « espagnole » qui apporte une couleur discrète, celle des cordes qui, petit à petit ont fait leur nid dans les diverses formations du groupe.


L’album restitue plusieurs apparitions en live, souvent introduites par des propos de John Stevens, la première pièce « Stig » est formidablement enregistrée au troisième festival LMC, au Conway Hall, à Londres, le vingt-huit mai quatre-vingt-quatorze, c’est-à-dire quatre mois avant la disparition de John Stevens.


La pièce est vraiment remarquable, vingt-cinq minutes et trente-quatre secondes d’un voyage intérieur dans les tambours de John, qui savait mieux que n’importe qui, créer un espace tel, qu’il était aisé d’y entrer et d’y faire son nid, de modifier de l’intérieur la musique pour mieux la faire évoluer.


En même temps qu’il soulevait la musique, il permettait ainsi aux autres d’y entrer afin d’y apporter un changement ou une nouvelle direction. « Stig » restera sans doute une des plus belles pièces du Spontaneous, comme le témoin d’un art free abouti, un cheminement particulier et unique.


La deuxième captation live est antérieure, datant de janvier quatre-vingt-quatorze, elle est constituée de quatre pièces qui, cumulées, correspondent en gros à la durée de « Stig ». Ça s’est déroulé au « Red Rose » dans une ambiance plus intime. A nouveau la concentration, la plongée lente en partant du silence, puis entrer dans le monde des bruits et de la musique, chaque intervention demande une évolution, une réponse, un questionnement, s’étoffe lentement les échanges vers plus d’intensité, chacun stimulant l’autre jusqu’à la forme nouvelle et l’imposition d’un nouveau silence…


L'album se termine par deux enregistrements studio inédits qui ajoutent la flûte de Neil Metcalfe au trio. De nouvelles introductions orales de Stevens sont incluses, trois extraits d’une interview, offrant un aperçu des méthodes de travail du Spontaneous Music Ensemble, et de son apport au monde de l’impro au travers d’une méthode qui s’est élaborée au fil du temps.


Un album qui ravira les amateurs d’impros.

xeres
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le 10 juin 2025

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