Ambrose Akinmusire a gagné dans le monde du jazz une stature déjà impressionnante. Trompettiste au meilleur niveau, il a su se faire une place de tout premier plan dans le milieu du jazz contemporain. Sûr de lui mais toujours modeste, il attire l’attention par la brillance de son jeu en perpétuelle recherche, et par des séquences mémorables qui captivent le public.
Je n’ai pas encore écouté ses deux premiers albums, mais « The Imagined Savior Is Far Easier To Paint » sorti en 2014 est absolument excellent, « Origami Harvest » de 2018 a été très récompensé malgré la complexité que l’on y trouve, et, entre ces deux-là, « A Rift In Decorum (Live At The Village Vanguard) », double Cd sorti en quartet en 2017, est celui qui fait l’objet de mon choix. A noter qu’un nouvel album « On The Tender Spot Of Every Calloused Moment » vient de paraître en Cd je crois, mais j’attends la sortie vinyle, normalement dans environ un mois. C’est un artiste Blue Note.
Ambrose est royal lors des concerts, sans esbroufe, la note juste, l’audace au bon moment, juste pour surprendre, accrocher l’auditoire et l’embarquer dans son monde, suivre son flux est propice à l’extraordinaire et à la rêverie, les deux se mélangent et fond naître un manque lors du petit pas vers l’arrière, mais il sait toujours laisser la place, qu’importe, il reviendra lors d’un prochain chorus. Les musiciens qui l’entourent sont également immenses, Sam Harris au piano, Harish Raghavan à la basse et Justin Brown à la batterie.
« Moment In Between The Rest » est extraordinaire, sur un tempo extra lent, Ambrose joue avec sa trompette plus qu’il ne joue de la trompette, on entre dans la relation intime entre le musicien et son instrument, il en livre le secret des sons avec une délicatesse inouïe, se livrant à un ballet d’une très grande sensualité, nous faisant partager avec délicatesse l’intimité qu’il partage, du frémissement de l’embouchure à la caresse du piston. Les petits mots entre parenthèses (to curve an ache) nous précisent mieux l’intention du musicien, courber, plier ou tordre la douleur.
« Trumpet Sketch » est également un autre sommet de l’album, après une introduction en escalier il fait place à un solo très free de Sam Harris, ensuite Ambrose improvise de façon ahurissante, répondant à la section rythmique qui le pousse sans le ménager, particulièrement Justin Brown qui frappe comme un damné. Mais il faudrait également parler d’Umteyo qui ferme l’album avec élégance.
Un double Cd gorgé de musique qui s’inscrit dans l’histoire du club mythique, avec, c’est à noter, de nouvelles compositions qui se sont étalées lors de deux concerts dont les dates ne sont pas précisées.