Gabor Szabo – Bacchanal (1968)
Un musicien dont on entend parler épisodiquement, il a laissé quelques souvenirs ici ou là, quelques airs de guitare dont on se souvient assez facilement, souvent rattachés à un succès pop, à un air ancien que l’on connaît presque malgré soi, comme cette version de « Love is Blue » d’André Popp qui figure ici dans une version vouée à la guitare.
Car Gabor est guitariste, hongrois d’origine, installé aux States après avoir fui son pays à l’âge de vingt ans. Il est généralement rattaché au monde du jazz, il a même enregistré huit albums pour Impulse, c’est presque une consécration. Pourtant il sera toujours un peu à part, le répertoire peut-être…
Ce « Bacchanal », enregistré en soixante-huit, est souvent considéré comme son meilleur album, mais certains lui préfèrent « Dreams », question de goût sans doute. Les deux sont sur le label « Skye » créé par Gabor lui-même après son départ d’Impulse. La pochette est très costaude, laminée par-dessus un carton épais, elle en impose. L’album se caractérise par les nombreuses reprises qu’il contient, car seuls deux titres sont signés du guitariste.
Gabor Szabo et Jim Stewart sont à la guitare, Hal Gordon aux percus, Jim Keltner à la batterie et Louis Kabok à la basse. Ça tourne bien, mi-jazz, mi-pop, c’est bien ficelé, quelques belle pièces, «Three King Fishers » et « Sunshine Superman » de Donovan, « Some Velvet Morning » de Lee Hazelwood, « The Look Of Love » de Burt Bacharach and Hal David, que des tubes !
Les deux titres de Gabor Szabo sont également très bons, la chanson titre et « Divided City » qui ferme l’album. C’est un vinyle qui n’a certes rien d’indispensable dans une discothèque, mais on peut s’y attacher principalement pour cela, parce qu’il est futile, frivole et superficiel, presque ornemental, on peut tout aussi bien le juger léger, vaporeux, propre à vous tourner l’esprit à la façon d’un bon vin, ou même compagnon de chagrin, il apaise et réconforte avec la dérision qui est la sienne…
Pour cela il s’est fait une petite place.