Il y aurait tant à dire à propos de Joe McPhee ! Par hasard l’actualité du disque ouvre opportunément une porte qu’il est facile de pousser, celle du « jeune » Joe McPhee, plus accessible et sensible à la musique populaire. « Black Is The Color » est la réunion de trois concerts aux univers assez distincts mais qui ont, réunis, le pouvoir de brasser un grand éventail de la Black Music. Ces enregistrements de janvier et octobre 1969 et de mai 1970 sont des prémisses à « Nation Time » le premier album officiel de Joe McPhee qui sera également le plus funky.
Ce double Cd se joint à d’autres pour témoigner de cette période bénie. Les deux premiers concerts réunissent le « Contemporary Improvisational Ensemble » avec Joe à la trompette, aux saxos ténor et soprano, Tyrone Crabb à la basse, Bruce Thompson à la batterie auxquels se joint le vibraphone d’Ernest Bostic sur le premier concert et Reggie marks au ténor et à la flûte pour le second.
Le premier concert provient Du « Vassar College » au « Chicago Hall » dans l’état de New York. Il est très jazz, avec quelques classiques merveilleusement interprétés au menu : « God Bless The Child » de Billie Holiday, « Naïma » de Coltrane et « Afro Blue » que ce dernier a popularisé, ajoutons « Improvisation » signé McPhee.
Ce premier Cd est idéal pour faire connaissance avec ce grand musicien qui se place dans une perspective coltranienne, mais on sent déjà, au détour de quelques solos, le chemin qui s’ouvrira bientôt. Ernest Bostic est magique au vibraphone, distillant une atmosphère étrange ou mystérieuse, on pense à Archie Shepp à Newport accompagné par Bobby Hutcherson.
Le second set s’est déroulé dans un monastère voisin de « New Windsor », il n’en reste qu’une partie car des problèmes techniques ont rendu l’exploitation des bandes impossible. La performance reste toutefois grandiose, on y trouve deux interprétations signées McPhee, « Improvisation » avec Tyrone Crabb qui reprend à la basse le thème d’« A Love Supreme » et « Juju for John Coltrane ». Il y a également une reprise du traditionnel qui donne son titre à l’album « Black Is The Color », Reggie Marks au ténor et à la flûte y déploie tout son talent avec McPhee qui l’aiguillonne, le premier lyrique et le second plus saignant, la collaboration est magique.
Le troisième concert tient lui aussi sur le second Cd, la formation en place se nomme « Joe McPhee Featuring Octavius Graham » ce dernier est au chant sur deux titres, Mike Kull est au piano et Chico Hawkins à la batterie, le fidèle Tyrone Crabb est toujours là. Le concert se déroule dans le parc du Lincoln Center de Poughkeepsie en extérieur. Le répertoire est très différent, on y trouve une reprise de James Brown « I Don’t Want Nobody », une autre de Wilson Pickett « Funky Broadway » et une pièce du grand Joe « Blues For The People », ça groove et déchire, avec « Nation Time » en ligne de mire.
L’ensemble de ce matériel provient des archives personnelles de Joe McPhee, malgré quelques faiblesses techniques au niveau du son sur le second Cd, l’ensemble témoigne d’enregistrements de très haute volée. Malheureusement je n'ai trouvé aucun lien vers la musique...
le lien Discogs: https://www.discogs.com/fr/release/15766588-Joe-McPhee-Black-Is-The-Color