Blanc mangé
6.7
Blanc mangé

Album de Eugene Mona (1994)

Mourir pour que son corps serve de fumier !

"Donc , maintenant je m'adresse je profite de l'occasion qu'on en parle ; je demande à tout ceux qui aime ma musique et qui aime la musique traditionnelle et qui aime une musique différente de me donner un balan si c'est possible de vous priver d'un samedi soir de graille que cet argent puisse aller corps musical et revenir à Eugene Mona pour monter un bigbang pour représenter la Martinique en Europe . Je vous remercie ."

Lorsque Mona lança ce message poignant au court d'une entrevue télévisé (qu'à l'époque j'avais vu sur FR3 par transfert des activités de la chaîne pour les caraïbes dont la chaîne était nommée RFO 1 .) à l'émission "On en Parle" , l'album "Blanc mangé" alors ne ne connaît pas l'écho espéré dans une île où désormais le zouk imprime la cadence . Quelques jours après cette entrevue il provoqua une grosse altercation qui l'opposa à un voisin et succombera , terrassé par une congestion cérébral (en gros c'est un accident vasculaire mais aux Antilles à chaque fois qu'une personne succombe d'un arrêt vasculaire cérébrale on emploie -à outrance ?- le mot congestion ) et c'était arrivé un 21 Septembre 1991 . La reconnaissance , il ne la connaitra malheureusement juste après son décès qui dans cette même émission eut cette parole prophétique : " J'essaye d'apporter une musique de façonner l'histoire pour qu'après ma mort qu'on puisse dire il y a un monsieur qui est passé vers 30 ans qui avait fait tel ou tel chose" .. Quatre jours avant son décès il vient voir Mariléne Maruriello la productrice de Mona pour voir si il y a eu des royalties à la sortie de son ultime album . En vain .. Et Mona lui répondit : "Mais tu sais quand je vais mourir , on vendra plein de disques" . Et c'est ce qui c'est justement passé . Une véritable déferlante s'est produit autour de ses disques . C'est le paradoxal système comme le chantait un autre compatriote à Mona qui lui aussi ses textes étaient d'une profondeur qu'on mésestimé un peu trop souvent ...

Lorsque "Blan Manjé" paru en 1990 (et non en 1994) , cela faisait huit ans que Mona n'avait plus donné de nouvelle sur la scène musicale . La cause : au début des années 1980 , il auto-produit son sixième album https://www.cdandlp.com/eugene-mona/salome/33t/r113580745/ qui lui est resté sous les bras ... Ce disque parlait des rastas et de sa vision de la décade 80 . C'est à ce moment là que l'Eugene sent que sa Martinique le lâche malgré tout ce qu'il avait fait pour lui . Ce disque fut le plus étouffé de Mona . Personne ne voulait entendre ça tout en lui prétendant de mauvaises conditions d'enregistrement mais la réalité c'est qu'on ne voulait plus entendre parler de lui . Le temps d'un septième album , il prendra donc cette longue pause de la scène musicale ... Comme tout ses précédents , "Blan Manjé" délivre des messages voulant provoquer la réflexion chez les auditeurs tout en les édifier . L'originalité de sa musique est toujours d'une rencontre imaginative entre le chœur rythmique des percussions traditionnelles (ce qu'on appelle en Martinique le tanbou bélé ou encore tanbou dibas , le tibwa "pak pitakpitak pak" ,chacha et triangle) et les instruments mélodiques modernes tels que la Batterie , la basse et fait ce nouveau (qu'il n'avait jamais expérimenté dans ses albums précédents) , l'ajout de la guitare et du synthé . Et la encore sur cette orchestration nouvelle des instruments traditionnelles alliés aux apports modernes , donnaient à la musique à Mona un style unique . Je n'ai pas peur de le dire sur "Blan Manjé" , c'est son album le plus crossover (mais pour autant son meilleur reste celui qui a été le plus rejeté) . On a droit à un mariage des rythme martiniquais biguine de la mazurka (ne l'oublions pas la mazurka est une danse traditionnelle originaire de la Pologne rythmée à trois temps , de tempo vif et dont les accents se déplacent sur les temps faibles -quel dommage un éclaireur dont j'avais liké une critique expliqué bien en détail la mazurka je constate qu'il a effacé cette critique-) , du bélé , du calypso (à écouter "Mango Véa") des musiques de l'Amérique latine ( "Mwin aime La Vi A") de la Rumba congolaise ("Siano"; chanson d'amour pour sa compagne Martianne Bizet ) ainsi que le blues et du negro-spiritual (incontestablement le morceau "Face à Face") . Et le morceau le plus déconcertant à cet album comportant dix titres est la seconde chanson "Lizo" . Dans ses paroles, Mona met en garde un homme politique local contre la vigilance, car il est entouré d'une équipe peu fiable . Mais ce ne sont pas les paroles de cette chanson qui est le plus surprenant quand on connait l'homme engagé qu'il était , non , ce sont ces percussions frénétiques suivi d'une ligne de Basse entraînante et ... des touches évoquant la house . Quand je vous disais que c'était crossover ce disque , hein !!! La flûte de Mona (à "Lizo") lance le morceau, qui se transforme ensuite en un déluge de voix en mode "appel-réponse". Énorme !!!

La dernière déclaration à ce huitième album viendra au blues "Face à Face" (avant dernière morceau au vinyle à la Face B piste 09) . Comme d’habitude le texte de ce chef d’œuvre musical a plusieurs interprétations. Ces premiers mots sont sa version créole du fameux Il était une fois des contes . Pourtant ce dont il parle n’a rien de fantasmé "Face à Face" nous parle du fait d’embrasser les souffrances . Retenez ceci à ce refrain : " Sav ki sav sav, sa ki pa sav pa sav "; autrement dit " Ceux qui savent comprennent . Et ceux qui ne savent pas… ne peuvent pas comprendre ."

Certaines vérités restent inexistantes pour ceux qui ne veulent pas voir ?

Mais au fait "Blanc mangé", pourquoi un tel titre ? Je laisse la parole à la personne concerné toujours dans le même cadre de l'entrevue de Septembre 1991

" C'est un bon dessert ... C'est comme si pendant quinze ans je n'avais apporté que des plats consistants (Ignames -ziams en créole- , choux ..) .. Maintenant je dis au public je vous sers un petit dessert !"

Le risque était au plus grand de produire Mona car le Zouk (saloperie de genre-Landjet Manmanw , Bonda Manmanw , coucoune manmanw , Ay Koké manmanw ) était en pleine effervescence . Deux ans plus tôt à la même émission , on lui pose la question sur ce genre de musique : " Je pense que c'est une évolution (il n'y croit même pas quand il le dit son body language le trahit) .. C'est comme toutes les modes ... Personne ne peut empêcher ça .. Donc , la mode ça passe .." Et ce qui reste c'est la tradition (OUI EUGENE , EN FORCE !)

C'est ainsi que je conclu ma troisième et dernière critique (faute de mieux que SC publie les albums de 1976 , 1977 ou encore celui de 1980 et cela malgré les réclamations que j'ai faite au contact support dont les réponses sont restés vaines ) à l 'Eugene .









GnM
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le 23 juin 2025

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