Ils ne parlent pas de moi, ils parlent d'eux...

Avis sur Blizzard (EP)

Avatar Mr_Carnby
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Il y a quelques jours, suivant les conseils de nombre de journaux dont la spécialisation me semblait alors être la musique, je m'attèle à l'écoute d'un jeune groupe, joyeux profiteur (ou victime) d'un buzz monumental depuis quelques mois. FAUVE, car c'est son nom, arrive à moi par le biais d'un clip, celui de Blizzard, en version longue. L'étrange sensation qui me prit à son écoute fut celle d'une déception mêlée à un irrémédiable sentiment d'avoir, une fois de plus, été mené en bateau par ce bon vieux buzz journalistique (le dernier en date est La Femme, à titre d'exemple).
Car, à voir la réputation du collectif dans les médias, on croyait à un nouveau Jésus, suivi de ses apôtres au looks angéliques.

Bullshit.

Je me décide pour autant de voir par moi-même s'il n'y aurait pas un petit miracle qui se cache dans le disque. Je l'écoute donc...

Il est bien des choses que je n'aime pas chez FAUVE, et ce n'est pas seulement leur musique, mais il faut commencer par là :
Les boucles instrumentales sur lesquelles les spoken-word sont construits sont, à vrai dire, d'une pauvreté crasse. Souvent mal écrites, ou bien manquant simplement d'imagination, elles reprennent divers tics de composition qui se trouvent être à la mode dans un certaine indie-pop branchées (guitare à la reverb légère, beat hip-hop, un vague piano ou autre clavier, etc...). Mais ce qui me semble le plus choquant dans l'affaire reste tout de même le manque d'originalité entre les morceaux. L'impression qui ressort des trente minutes d'écoute est celle d'avoir entendu une sorte de suites de variations sur un thème donné, les instruments et la rythmique du beat étant interchangeable. Il n'y a pas de réelles brisures, le tout coule avec une douce monotonie propice à l'ennui.
On pourrait comparer – et cela à déjà été fait – tout le concept de ce groupe à la chanson PARIS de Taxi Girl. Une de leur plus mauvaises soit dit en passant. Mais là où Darc faisait preuve d'une irrémédiable noirceur, nihiliste, sauvant un peu le morceau de sa chute dans les abîmes de la bêtise musicale, Fauve s'y engouffre sans honte, y préférant sa prose immature et bêtement optimiste.

Les lyrics, pièce centrale du groupe, bien que faisant parfois preuve d'une certaine finesse, laissant même apparaître en deux facepalms un sourire en coin (''c'est comme si d'un coup j'me remettais d'une cuite qu'avait duré genre... deux ans. C'est long, deux ans !'', dans RUB A DUB), sont de manière générale partagé entre une insondable bêtise, très adolescente, et une volonté de faire une sorte de poésie trash. Celle-ci se baserait sur la conception que les mots sales sont l'unique moyen de présenter la souffrance réelle, de montrer la vérité des choses, hors de l'opprobre d'un langage trop soutenu pour être vrai.
Le problème avec cette vision, systématique tout au long de l'EP, c'est qu'au lieu de faire ressortir la violence espérée par l'auteur, elle ne fait que la normaliser, lui enlevant tout son pouvoir subversif lorsque bien utilisé.
Plus personnellement, je dois bien avouer que le déferlement optimiste présenté dans ces chansons n'a eu de cesse de me rappeler quelques statuts facebookien de jeunes adolescent(e)s en fleurs, luttant dans une rébellion contre l'ordre établi (lequel ? Mystère...), qui, à coup de statut dont la portée philosophique ne dépasse pas le ''bouddhisme-Lara Fabian'', tente de montrer à la face du monde que ''la vie c'est trop dur, mais c'est beau quand même'' (tout les jeunes ne sont pas comme ça, que ça se sache). Cet optimisme béat est flagrant sur RUB A DUB, sans doute le pire morceau, avec Nuit Fauves.
De manière générale, je trouve qu'il est assez déplorable de faire de qualités lyriques retrouvables sur le facebook d'un lycéen de seconde un absolu de réalisme.

Cela m'amène la troisième raison de ma déception : l'attente générée pendant plusieurs mois, à coups de critiques dithyrambiques, de cette galette dite si exceptionnelle. Bon, je dois l'avouer, j'ai sans doute été con, je n'ai décidé de jeter un œil et une oreille aux titres déjà disponibles il y a une semaine, tout au plus. Après tout, Nuits Fauves et Kané étaient bien sortis depuis presqu'un an. Mais bon, c'est comme ça...
Ce qui me gêne plus, c'est ce que FAUVE tente de représenter.

A vrai dire, je n'aime pas les porte-parole générationnels.

Cette manière de présenter sa propre vision du monde, par conséquent subjective, comme une vérité générale me semble réductrice ; et m'exaspère. Mais s'il est une chose qui m'insupporte encore plus, c'est bien que la foule l'accepte, montant au pinacle une vision du monde qui, nous ne somme que des Hommes, peut-être erronée. Si j'extrapolais (ce que je m'apprête à faire), je pourrais dire que l'acceptation des ''porte-paroles générationnels'' sont la preuve de l'existence d'un panurgisme d'idée. Ce qui à mes yeux est dangereux.
Mais je m'égare.
Revenons à FAUVE. Sont-ils les représentant de la générations Y ? En tout cas, ce sont des parisiens, volontiers bobos, entre vingt et trente, parlant de sexe, beaucoup, d'amour, d'amitié sans doute, d'espoir, de vie, tout ça quoi... Ils se veulent porteur d'un message universel (''Les membres de FAUVE sont liés par une conception partagée de la Vie et des Gens. […] FAUVE adhère de façon inébranlable à la croyance selon laquelle l’Amour peut rafler la mise dans ce monde bizarre.'', c'est pas moi qui le dit, c'est leur site), pour autant, cette vision parisienne, de gosse de riche, bien né, de ce monde qui les entourent, passe-t-elle aisément le boulevard périphérique ? Je me demande vraiment si les membres de FAUVE ont conscience que la merde dans laquelle ils pensent vivre sera toujours plus classe que celle dans laquelle vit un type de l'autre côté du périph'...
Est-ce bien décent de présenter cela comme le sujet absolu de nos temps moderne ?
N'y a-t-il pas plus urgent que des pleurnichages ?...
Quand à moi, je pourrais être leur cible de base : jeune, vivant dans un banlieue pas mal friquée, méprisant généralement le mainstream musical, en attente continuelle de la nouveauté et voyant Paris comme l'absolu de sa réussite professionnelle et sociale. Mais quelque chose ne marche pas, ça sonne faux pour moi, et j'espère que c'est parce que je suis trop malin pour croire que ces gens, quand ils parlent, et bien c'est pour parler de moi, comme ils disent le faire, alors qu'en réalité, ils ne parlent que d'eux.

Pour moi, de ce groupe il reste à savoir si, comme toujours avec l'objet branché, il tiendra le haut de l'affiche trois mois ou quatre avant de disparaître...

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