Parfois il y a comme un parfum de légende qui règne autour de certains albums, ceux qui connaissent une destinée absolument étonnante. C’est le cas de « Body, Mind And Spirit » enregistré par la formation Black Renaissance. Une histoire qui ne se passa pas comme prévu, de désenchantement en désenchantement.
C’est le pianiste Harry Whitaker qui est à l’origine de ce projet, il était alors connu pour avoir travaillé avec Roy Ayers sur les albums «Ubiquity» ainsi que sur l'OST de «Coffy». Il a également travaillé avec Roberta Flack. Pour cet album il s’est entouré d’excellents musiciens, de vrais pointures, Billy Hart et Howard King à la batterie et aux percussions, Azar Lawrence aux saxophones ténor et soprano, David Schnitter au ténor, Woody Shaw à la trompette, Buster Williams à la basse, Mtumé et Earl Bennett aux percussions et il faut ajouter les chœurs et des voix qui sont essentiels ici.
L’album a été enregistré le 15 janvier 1976 au Sound Ideas Studio de New York. On pourrait presque parler de session improvisée, bien qu’il existât un canevas pré-établi, par contre il n’y eut qu’une seule prise et, ma foi, c’est de la bonne ! On connait le groove qui s’entend dans la musique de Roy Ayers, et bien ici c’est la même chose, un long serpent sinueux qui file tout au long des deux morceaux qui se succèdent, un par face, « Black Renaissance » d’une durée de vingt-trois minutes et quarante secondes et « Magic Ritual, face deux, dépassant le quart d’heure.
Et puis surtout il y a deux diables au sommet de leur forme, Woody Shaw qui illumine les morceaux à chacun de ses solos et Azar Lawrence au sommet de sa forme également, eux deux combinés au groove de Mtume (on se souvient du légendaire « Alkebu-Lan - Land Of The Blacks ») et de Billy Hart, la légende, sans oublier le pivot autour de qui tout tourne et évolue, Buster Williams, absolument essentiel ici… Bon, bon musicalement ça tient sévèrement la route !
C’est la suite qui est moins drôle, Harry Whitaker n’est pas doué pour les affaires. Il envoie les bandes au Japon afin de sortir un pressage privé, malheureusement c’est une arnaque, quelques exemplaires sortent sans qu’il ne touche aucun dividende, aujourd’hui ces albums valent une petite fortune. L’album connaîtra une seconde vie après 2002, l’année où des rééditions de qualité seront enfin pressées.