Et si, à force d’attendre, de chercher le renouveau du rock, que l’on dit en état de mort cérébrale depuis plus de 20 ans, et qui a pourtant toujours autant de mordant qu’un zombie de Walking Dead, on était en train d’ignorer ce bon vieux classicisme de chansons bien composées, bien interprétées, dans les canons du genre, et qui peuvent toujours provoquer en nous de magnifiques émotions intimes ?


Quand on pense aux Fratellis, on se remémore forcément la joyeuse explosion glam de "Costello Music" en 2006, un album épatant plein de mélodies inusables et d’énergie juvénile. Pourtant, il était très vite apparu au sein du groupe une dichotomie surprenante entre ce fond de commerce ultra-british et les velléités américaines de Jon, attiré par la forme de la country music et par le fond « springsteenien » d’un rock racontant d’abord des histoires et des sentiments avant d’essayer d’emballer son public avec des mélodies roublardes et des riffs impeccables. Pas de surprise donc à trouver exactement ça sur la seconde escapade en solo de Jon Fratelli : de la country music dorée sur tranche, des chansons classiques, un soin artisanal apporté à une production riche en textures soyeuses, et, derrière tout cet art « traditionnel » au point d’être intemporel, une magnifique palette d’émotions.


Dès "Serenade in Vain" et son intro à cordes très cinématographique, on sait qu’on sera très loin ici des marqueurs musicaux d’aujourd’hui, de l’électronique toute-puissante aux vocaux trafiqués : la chanson est longue, et prend son temps avant de déployer toute sa splendeur, au point que l’on se retrouve presque surpris à la fin d’avoir été autant soulevés. Et ce n’est là que le début : tout l’album alterne – envers et contre toute logique commerciale – tempos moyens et chansons lentes ! Pas de monotonie néanmoins, Fratelli passe judicieusement d’un genre à l’autre, de la pure country comme "Evangeline", dont on peinerait à croire que son auteur est écossais, à de plus amples ambitions comme dans "Dreams Don’t Remember Your Name", qui peut évoquer – toutes proportions gardées, le chant de Jon ne s’élevant pas aux mêmes sommets – les grandes réussites d’un autre crooner écossais, Richard Hawley. Mais le plus beau de "Bright Night Flowers" réside peut-être dans ses moments les plus dépouillés, ou piano et voix font le travail mieux que tout le reste : "In from the Cold", déclaration d’amour à une star victime de sa célébrité (« If you could see you in your glory, you’d be sold / They’d pay fortunes for your story to be told / But darling, won’t you come in from the cold? ») est absolument bouleversante de tendresse et d’humanité, et place "Bright Night Flowers" tout en haut de la toute petite pile des albums de 2019 qui comptent vraiment, et qui vont constituer la bande son intime de cette année.


Bien sûr, plusieurs écoutes sont certainement nécessaires pour appréhender à sa juste valeur un tel album, et, pour ceux qui ne connaîtraient pas The Fratellis, pour aimer la voix un peu particulière de Jon, dont le charme vient plus de la sincérité que de l’ampleur qu’on attendrait sur ces chansons typiques d’un crooner « pur jus ». La récompense ne se fera pourtant pas attendre, et la plupart des mélodies superbes, voire inoubliables de "Bright Night Flowers" vous accompagneront ensuite longtemps. Cela s’appelle de l’inspiration, et on est loin de la trouver facilement de nos jours.


[Critique écrite en 2019]

Eric-Jubilado
8
Écrit par

Créée

le 25 mai 2019

Critique lue 65 fois

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