Ce groupe est originaire de Houston, au Texas. Avant de s’appeler Smoke il portait le nom de Nomads sous lequel il a enregistré deux EP bien garage. Smoke c’est d’abord le groupe de John Orvis, il compose, joue de la guitare, du banjo, de l’harmonica et chante. Il est entouré de quatre autres musiciens qui assurent bien, parmi eux le claviériste Eddie Beyer semble le plus remarquable. La section rythmique comprend, en plus du batteur et du bassiste, un percussionniste dont les interventions sont toujours bienvenues. Ils ont enregistré deux albums, celui-ci est le premier et date de 1969.
La (superbe) pochette (enfin... l'originale, pas celle présentée ici) ne vous met pas en erreur, c’est bien un groupe de bikers, d’ailleurs John Orvis est plus ou moins en cheville avec les Hell’s Angels et l’album est un bel hommage à la moto, il faut dire que le groupe circuite et gigue dans les bars de motards, à sa sortie, son succès se limitera essentiellement à ce public, dommage car il aurait mérité un accueil beaucoup plus chaleureux. Il se dégage de cet album un attrait qui dépasse la simple analyse objective de la musique, comme s’il se cachait entre les notes, derrière la voix écorchée et pas très orthodoxe de John Orvis, un maléfice addictif qui envoûte insidieusement. Il ne faut pas être raisonnable avec Smoke, la galette se retourne vite et, le mieux, c’est de se laisser porter…
Toutefois pas de « Born to be wild » rageur ici, un seul titre sur la face une « M.C. Boogie » et l’ambiance est plutôt au talking blues un peu à la manière de Canned Heat. La voix éraillée de John Orvis déclame, hoquette et soliloque puis s’efface, faisant place tantôt à la guitare stridente et acérée, tantôt à l’orgue qui enfle tel un ouragan. Le morceau est long, la lourde rythmique ne nous laisse aucune chance, elle se déploie sans répit avec une implacable volonté, les percus bouillonnent, fourmillent et grouillent. L’ambiance monte en puissance inexorablement, tout enfle, s’accélère, puis s’arrête… juste un souffle, pour mieux repartir. Simple et diablement efficace !
La face B ne cède en rien en qualité même si le registre devient plus habituel et même un peu surprenant, quatre chansons bien envoyées qui assurent comme « red haired man » où le bon John se fait crooner et chante en y mettant tout son cœur... Malgré les apparences les thèmes abordés sont bien dans la veine hippie et les valeurs de tolérance, de liberté et de révolte face à la société établie se mêlent au délire autour des bécanes. La dernière pièce « Carry on your idea » est sublime et finit de convaincre.
Un bon album que l’on peut trouver en original à pas trop cher si on se montre patient.