Je me suis enquis du dernier album de Terje Rypdal, « Conspiracy ». Il se trouve que c’est un musicien que j’ai connu dès ses débuts puisque j’avais acheté son album éponyme de 1971 sur ECM, un label qui, déjà, faisait beaucoup parler. Je l’ai suivi à peu près jusqu’en 1981, lors de la sortie de « To Be Continued » avec Miroslav Vitous et Jack DeJohnette, en ratant un ou deux vinyles tout de même. J’ai également quelques Cds épars achetés depuis, car je garde une grande estime pour ce musicien improvisateur.
En 1971, quand on achetait un album, on l’écoutait à fond, souvent, on en connaissait toute la trame, les forces et les faiblesses. L’album n’était sans doute pas parfait, mais la pureté cristalline du son ECM augmenté de cette musique des grands espaces, même sur des tons froids, subjuguait, emportait et impressionnait grandement.
En écoutant « Conspiracy », ce sont ces moments qui remontent et reviennent, Jan Garbarek en moins. Terje a désormais 72 ans, cinquante années sont passées et il fait ce qu’il sait faire mieux que quiconque, édifier des paysages avec des sonorités rondes, douces et feutrées. Puis, les étirer, lentement, tracer des lignes, jusqu’à ce que naisse chez l’auditeur un sentiment d’immersion et de profondeur. C’est ce qui fait que l’album est beau, fort et puissant.
Le quartet est magnifique, d’un équilibre parfait, le touché précis de Päl Thowsen le batteur, la rondeur exquise de la basse de Endre Hareise Hallre et la distance maîtrisée de Stale Storlokken aux claviers permettent à Terje de tisser ses longs fils dans l’espace sonore, avec amplitude ou parcimonie.
Un album qui se révèle au fil des écoutes…