David S. Ware Quartet – Corridors & Parallels (2001)
Voici un album de David S. Ware comme on ne l’a jamais entendu, après l’excellent mais plus conventionnel « Surrendered », David, entouré des mêmes partenaires, se risque à l’aventure « moderne ». Je vous rassure il reste ceint de son saxophone et reste compositeur, William Parker est toujours accroché à sa basse et Guillermo E.Brown frappe toujours les peaux de ses tambours, mais voilà, son habituel pianiste, Matthew Shipp se convertit au synthétiseur… et tout bascule !
Enfin presque, si on se concentre par exemple sur la quatrième pièce « Superimposed », on est juste déposé dans un wagon tiré par le sax de David qui nous envoie monter et descendre dans un improbable manège à sensations, tandis que bruissent les percus folles de la prairie et de la forêt réunies…
Mais Shipp a déjà pris le pouvoir avec ses sons électroniques dès le lancement de l’album, trois pièces courtes ne portent pas de nom, et semblent d’introduction, de liaison ou de conclusion. Sept autres sont de bouleversements et de révolutions. Notons tout de même que, bien que ce ne soit pas crédité, notre agitateur numéro un, Shipp, semble également jouer de l’orgue électrique.
C’est très beau, le morceau titre par exemple, « Corridors & Parallèles » est magnifique, David s’appuie sur la basse de William Parker qui fonctionne comme un bourdon au son grave, alors que dans le fond, Shipp tisse des textures en profondeur, tandis que le saxo vocifère, porté par les rythmes classieux du Sieur Guillermo, neuf minutes hors du temps.
« Somewhere » n’est pas très long mais bien barré, là où il se trouve il est bien placé, il échappe aux normes, transporte et interroge. Juste avant « Spaces Embraces » et son orgue stellaire avec David qui nous envoie dans la spiritual music, au milieu d’un chaos cosmique organisé, dans un univers mouvant, bougeant et se métamorphosant constamment…
Puis arrive « Mother May You Rest In Bliss », comme une apothéose, un sommet gravi, un Everest dépollué et sublime, extatique, là où l’on va peu, faute d’y être emmené. Mais voilà, fallait juste passer par cet album qui ouvre la voie, et devenir un enfant, quelques minutes, juste quelques minutes…
Un sacré album, et je ne vous ai parlé que de la seconde moitié…