Barondown – Crackshot (1995)
Restons dans le monde des trios, et même dans les plus étranges et les plus atypiques. Celui-ci est en effet formé d’un batteur, Joey Baron, d’un saxophoniste ténor, Ellery Eskelin et d’un tromboniste, Steve Swell.
L’album est sorti sur le label « Avant », son numéro d’identification est « avant 059 » et il date de 1995. Il faut dire que ce label basé au japon est consacré aux musiques d’avant-garde ou expérimentales, il a été créé par l’intrépide John Zorn avant que n’arrive et se déploie Tzadik en 1995. Le dernier album du label Avant paraîtra en 2004, seule la compile « Naked City » sortira en 2005 !
Je suis assez fan de ce label, souvent audacieux comme ici, mais dans la forme seulement car la musique qu’il contient est très jazz, la couleur est assez inédite mais la musique est accessible. Il faut dire que les trois réunis ici sont des pointures incroyables. La liste des musiciens que Joey Baron a accompagnés est plus longue que le bras et contient des très grands noms du jazz genre Chet Baker, Art Pepper, Lee konitz, Jim Hall ou Marc Ribot, il y a même David Bowie ! Joey a également été leader de formation, comme ici, mais surtout il a été membre de « Naked City » et du groupe « Masada », avec John Zorn, Dave Douglas et Greg Cohen pour ce dernier.
Pour faire vite j’éclipse tout le bien que je pense du saxophoniste Ellery Eskelin et du tromboniste Steve Swell, mais l’écoute de l’album en dira beaucoup sur l’étendue de leurs talents. L’enregistrement a été capté « live », en deux jours, au « Sorcerer Sound » à New-York, en août 95, la qualité de la prise de son est véritablement au top.
Toutes les compos sont signées Baron et c’est un festival ici. Les deux solistes jouent parfois des riffs ensemble ou bavardent gentiment, mais plutôt en même temps, ce qui est tout simplement fascinant. La complémentarité est grande, il y a des rendez-vous dans les compos, et on sent que tout cela est millimétré, mais, en même temps c’est énormément improvisé.
Tous les titres sont excellents, mais je retiendrais « Toothpick Serenade » et son rythme lent, avec une structure assez simple qui ménage alternativement les solos, tandis que chacun accompagne l’autre, comme au temps d’avant. Il y a aussi « Punt » qui décoiffe, fait taper du pied et envoie du bois.
« Games On A Train » est la première composition longue, elle dépasse les onze minutes, tout comme le dernier titre de l’album. Aménageant quelques espaces free, le titre est assez fabuleux car on y sent presque physiquement le déplacement du train, propulsé par le jeu tout en tension de Joey Baron qui est absolument phénoménal ici, s’enrichissant constamment, on comprend assez rapidement à qui on a à faire, et c’est tout simplement bluffant. Les deux déploient leurs solos sur ce feu ardent, et ça pulse vraiment de partout !
L’album dépasse les soixante-dix minutes, imaginez la mine ici, à ce point je n’en suis qu’à la moitié !
Mais il y a quelques respirations avec des titres plus calmes, comme « Friend » ou « Oseola », des ballades qui s’étirent dans l’espace et font place à la rêverie et à l’imaginaire…
Bien que moderne, cet album est sans âge, tant il plonge dans la tradition, le funk ou le free, délivrant un mélange habile et haut de gamme, très accessible, un bijou conçu par des orfèvres…