Un album qui nous renvoie aux souvenirs du groupe Soft Machine, certainement l’un des plus réjouissants de l’histoire de la musique récente britannique. Il date de soixante-dix-sept et illustre parfaitement le « déchirement » artistique entre les tenants d’un certain classicisme d’écriture excluant les improvisations, à savoir Mike Ratledge et Karl Jenkins versus les tenants d’une musique plus libre, incorporant des moments improvisés tels Hugh Hopper et Elton Dean.
Précisément, ces deux derniers viennent d’enregistrer l’excellent album « Hopper Tunity Box » ce qui leur donne l’envie de continuer la collaboration. Il se rapprochent donc du batteur et percussionniste américain Joe Gallivan, d’autant que celui-ci possède une autre corde à son arc : il s’intéresse au synthétiseur et au Moog. Pour compléter la formation, Keith Tippett, qui nous a quitté cette année, est contacté, il accepte de se joindre au trio, bien que la pochette ne lui attribue que l’usage du piano, il semble préférable de dire claviers, on entend en effet de temps à autre le son caractéristique du Fender Rhodes.
Une tournée d’une quinzaine de jours est organisée en Scandinavie, elle passera par l’enregistrement de l’album à Oslo, en Norvège, c’est le label local « Compendium Records » qui sortira l’album. Assez curieusement, pourrait-on dire, on quitte assez vite la ligne artistique habituelle utilisée par Hugh Hopper et Elton Dean et le free caractéristique du duo ne brille que sur l’excellent premier titre « Seven drones », ensuite la musique s’échappe et s’ouvre dans plusieurs directions, il faut dire que Keith Tippett et Joe Gallivan sont de fortes personnalités musicales.
Ainsi l’album devient-il plus varié que prévu, Gallivan fait un usage intensif du Moog synthétiseur et Keith Tippett du Rhodes. La composition qu’il signe « Echoes », planante, éthérée prend l’album à contrepied. La seconde face est encore plus réussie, improvisée presqu’entièrement, trois des quatre titres sont signés par le groupe en entier. « Square Enough Fire » le titre le plus long de l’album est excellent.
Un album qui ravira les amateurs de jazz mais également les passionnés de « l’Ecole de Canterbury » qui se sentiront à leur aise.