7
9 critiques
Critique de Drenge par Anthony Troch
Son lourd et riffs puissants. bon album à découvrir
le 25 oct. 2013
Premier album du duo anglais Drenge, sorti en 2013, ce disque éponyme est un concentré d’énergie brute, de sueur et de guitares abrasives. Un projet qui frappe fort, mais pas n’importe comment. Il est bâti sur une tension permanente entre un instinct primal et une volonté de structure, ce qui en fait un album aussi rageur que réfléchi. Avec ses imperfections et ses fulgurances, je lui attribue une note de 7.5/10, en saluant l’intensité de la proposition et son potentiel prometteur.
Drenge, c’est d’abord un son. Un son sale, lourd, crade même parfois — mais jamais gratuit. Le duo guitare-batterie formé par les frères Eoin et Rory Loveless ne cherche pas à enrober sa musique de vernis, et c’est tant mieux. Les guitares sont granuleuses, presque grésillantes, flirtant souvent avec la distorsion la plus saturée, mais sans jamais perdre le fil. La batterie, elle, cogne sec, sans esbroufe mais avec une régularité implacable.
Loin d’un chaos désorganisé, on sent que les morceaux sont pensés pour conserver une certaine clarté rythmique et mélodique, même au cœur de la fureur. Il y a un vrai travail d'équilibre entre urgence punk et groove post-grunge, avec quelques touches subtiles qui trahissent un sens de la construction plus fin qu’il n’y paraît au premier abord.
Certains titres s’imposent immédiatement, comme "Bloodsports", avec ses riffs martelés et sa montée en tension maîtrisée. "Backwaters" est sans doute le morceau le plus accessible, presque hymnique, sans pour autant perdre la nervosité qui fait la marque du groupe. Le refrain y est accrocheur, porté par un riff entêtant et une rythmique presque dansante. Il y a aussi une efficacité très palpable dans "Dogmeat", plus lourde, plus poisseuse, presque sludge par instants.
Cependant, l’album souffre d’une certaine redondance en milieu et fin de parcours. Quelques morceaux peinent à se différencier : ils recyclent des structures ou des riffs trop proches, et l’intensité finit par s’émousser. Ce n’est pas tant un défaut majeur qu’un signe de jeunesse artistique : on sent que le duo n’a pas encore affûté toutes ses armes.
Là où Drenge se démarque aussi, c’est dans l’attitude et le ton des morceaux. La colère qui traverse l’album est réelle, mais elle ne verse jamais dans l’hystérie. Elle est contenue, presque stoïque par moments. Il y a une désillusion, un rejet du confort et des codes, mais exprimés sans théâtralité. C’est une rage du quotidien, plus existentielle que politique. Les paroles, souvent simples et directes, serviraient presque davantage d’ancrage émotionnel que de message clair — et cela fonctionne, tant la sincérité est palpable.
Ce premier album n’est pas un chef-d’œuvre, mais c’est une déclaration d’intention percutante. Il capte une énergie rare, parfois mal canalisée, mais toujours authentique. Il évoque les débuts de groupes comme Royal Blood ou The White Stripes, dans cette même volonté de réduire le rock à son expression la plus élémentaire, sans en sacrifier la puissance.
Drenge réussit à livrer un disque imparfait mais audacieux, porté par un instinct musical qui mérite d’être salué. Une promesse de chaos maîtrisé, à surveiller de près.
Créée
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