Vu récemment Nicole Mitchell sur mezzo, un concert partagé avec le joueur de kora Ballaké Sissoko, mélangeant des musiciens provenant des deux univers, Afrique et Amérique, un concert beau et généreux, en France, lieu d’une rencontre très féconde où chacun s’est enrichi de la musique de l’autre…
Rien à voir avec ce projet plus ambitieux, à la fois littéraire et hors des genres. Il est né de la rencontre entre Nicole Mitchell et Lisa E. Harris, compositrice d'opéra et artiste multimédia. Nicole Mitchell a déjà enregistré autour de l'œuvre de la romancière de science-fiction Octavia Butler, particulièrement l’album « Intergalactic Beings » avec le « Nicole Mitchell's Black Earth Ensemble », une belle œuvre dont il faudrait que je trouve un peu de temps pour vous en parler.
C’est à nouveau Ocatavia Butler qui est à l’origine de cet « opéra » d’un nouveau genre ayant pour thème une fiction, projetant un état autoritaire et d’inspiration fasciste, qui prendrait le pouvoir aux États-Unis. Autour de ce thème une œuvre est créée et présentée en direct à l'Art Institute of Chicago, l’enregistrement de l’album est issu de ce spectacle.
Nous sommes placés face à un éventail sonore qui dépasse très largement les genres habituels, de l’opéra on entend des voix dont la tessiture classique se rappelle à nous, mélangés, dans le même temps, à des arrangements très actuels ou jazz et musique contemporaine se fondent, l’improvisation n’est pas non plus exclue car des espaces sont prévus à cet effet, l’œuvre est complexe mais reste cependant accessible, bien qu’elle soit d’une nature très expérimentale.
A souligner la présence d’un livret qui permet de suivre plus facilement l’évolution du propos. On remarque également les performances de Zara Zaharieva au violon, Ben LaMar Gay à la trompette et à l’électronique, Tomeka Reid au violoncelle et Avreeayl Ra aux percussions. Harris se consacre au chant et au thérémine, Julian Otis au chant également et Nicole Mitchell à la flûte bien sûr, ainsi qu’à l’électro.