Echo Street
6.4
Echo Street

Album de Amplifier (2013)

Jamais la complaisance ne sera reprochée à Amplifier. En constante ré-actualisation de ses aptitudes mélodiques, Sel Balamir s’exempte de toute la condescendance qui pourrait pourtant lui revenir de droit. The Octopus, ce monolithe d’achèvement progressif, lui a offert les plus belles louanges que le milieu, en pleine décrépitude, pouvait se targuer de décerner, récompensant ainsi quatre années de réflexions conceptuelles et de dur labeur. L’indépendance liée à la création de ce magnum opus, à l’origine d’une incroyable intransigeance dans le processus d’élaboration, aura permis à Amplifier de fertiliser des terres pourtant vouées, depuis déjà quelques décennies, à une persistante aridité inventive. Ainsi, lorsque Kscope, le prestigieux label responsable de Porcupine Tree, Anathema, Lunatic Soul, Steven Wilson et bien d’autres grands noms du genre, décide de s’occuper des nouveaux princes du progressisme, la satisfaction de voir d’excellents musiciens recevoir l’attention qu’ils méritent se voit entachée d’une sous-jacente appréhension.

Et si, soumis aux pressions d’un succès qu’ils pourchasseraient comme un accessible Graal, ils gagnaient en autosatisfaction, au détriment de leur perfectionnisme ? Kscope n’est certes pas le label le plus castrateur mais de par sa seule nature, il préserve Amplifier des sueurs qui leur semblaient pourtant si salvatrices du temps de The Octopus. Des suées dans la conception, mais aussi dans la promotion : alors soucieux de faire parvenir son nouveau-né au plus grand nombre, les 20 000 exemplaires écoulés de l’œuvre à la pieuvre étaient envoyés directement par Sel Balamir aux acheteurs, par mails interposés. Aujourd’hui, le groupe est exempté de toute contrainte, hormis celle, primordiale, du temps. La signature avec un label, a fortiori pour des artistes si prometteurs qu’Amplifier, induit un certain empressement dans la création de la première collaboration entre les deux entités. Soucieuse de réagir relativement rapidement suite au succès critique du précédent opus, la maison de disques ne pouvait pas se permettre de patienter quatre années de plus pour présenter le subséquent projet de ses nouveaux protégés. De son côté, Sel Balamir se targue un peu partout d’être dans une période de création particulièrement féconde : en pleine promotion d’Echo Street, et alors même que ce dernier n’est pas encore accessible au public, il prétend que son successeur est déjà terminé. Patience et perfectionnisme, qualités responsables de la réussite de The Octopus, voilà qu’elles semblent désormais égarées. Pour autant, est-ce là gage d’échec ? Rien n’est moins sûr. Et la complaisance ? Toujours pas, et heureusement. Audace n’est pas nécessairement complaisance. Echo Street en est la preuve flamboyante.

La remise en question est perceptible dès « Matmos », le morceau d’ouverture. Il est le premier et le plus fracassant témoignage de la volonté d’Amplifier de se détacher de ses gloires passées, afin de proposer quelque chose de différent tout en conservant une audace bienvenue. Echo Street se veut intimiste, teinté d’un esprit atmosphérique, presque post-rock. Post-progressif, pour les taquins. Les ambiances générales sont épurées, cristallines, à l’image des guitares dont la transcendance metallisée a quasi disparu. Place à une certaine familiarité, une paradoxale chaleur blanche. Particulièrement aidées par les lignes de chant de Sel Balamir, toujours aussi efficaces, les mélodies sont réussies et les harmonies tantôt divines (« Between Today and Yesterday »), tantôt ennivrantes (« The Wheel »). L’affiliation avec The Octopus est presque impossible à opérer. La transformation est fascinante, au point tel que l’on pourrait aisément considérer que les deux albums sont l’œuvre de deux formations différentes.

Une chose cependant est semblable aux deux ouvrages : ils ne sont pas des plus aisés à digérer. Il faudra quelques écoutes au curieux pour saisir la singularité de chaque morceau, en déguster toute la saveur. Et de saveur, Echo Street pourrait avoir celle d’un gâteau à l’allure bourrative se révélant finalement empli d’une finesse dont on ne saurait s’écoeurer.
BenoitBayl
8
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le 9 déc. 2013

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Benoit Baylé

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