Sam Rivers - Tony Hymas – Eight Day Journal – (1998)
« C’est un disque Nato », comme on disait autrefois, en parlant du label extraordinaire et extravagant de Jean Rochard. Que de merveilles a-t-il sorti, loin des conformités établies, ne pariant que sur la qualité et l’originalité, prenant des risques et osant tout, pour peu qu’il ait cru au projet, à l’idée ou à l’artiste !
Tony Hymas est sur Nato un peu comme chez lui, et cette rencontre avec le grand Sam Rivers est assez ambitieuse et surtout fructueuse. « Eight Day Journal » est une œuvre ouverte, qui est bâtie autour de compositions de Tony, qu’il a également arrangées et organisées autour de la personnalité de quelques solistes dont, évidemment, le génial Sam Rivers, qui se glisse dans ces pièces, tel un félin, avec toute l’habileté requise.
Huit compositions sont au menu, chacune d’elle est une date, la première « Samedi 4mars 1984 », et la dernière, « Samedi 29 septembre 1985 », on comprend mieux ainsi le sens du titre de l’album, qui se présente comme une sorte de menu journalier. Il faut également dire un mot sur le livret joint, qui contient des illustrations de Moebius, immense pionnier de la bande dessinée !
Je vous mets la liste des musiciens, elle aidera à comprendre la couleur et l’ambiance de cet album. Sam Rivers joue du sax ténor et soprano, Tony Hymas est au piano, Carol Robinson aux clarinettes, Sylvain Kassap au cor de basset, à la basse clarinette et au sax soprano, François Corneloup aux saxs baryton et soprano, Henry Lowther à la trompette, Noël Akchoté à la guitare électrique, Chris Laurence à la contrebasse et Paul Clarvis aux percussions.
En outre il y a également un quatuor à cordes, Rita Manning et Sonia Slany au violon, Philip Dukes à l’alto et Sophie Harrisau au violoncelle. Selon les pièces le personnel évolue et la masse des musiciens laisse entrevoir une œuvre très écrite, très composée, mais de très nombreux espaces sont dédiés aux solistes qui s’expriment librement à l’intérieur de ce cadre.
On pourrait même parler d’écrin, tant l’ensemble est raffiné et somptueux, créant de multiples niches où l’immense saxophoniste, Sam Rivers, déploie l’éventail de son savoir-faire. Il faut également parler des multiples couleurs qui habitent l’œuvre et lui donne rythmes et diversité. Quelques accents rock avec Noël Akchoté, royal, et des cordes qui ornent les arrangements avec légèreté, sans jamais peser, des airs qui rappellent les accents klezmer, ou ceux du tango, l’Afrique et ses rythmes et le blues qui qui martèle…
Une belle réussite cet album, et également une belle rencontre où l’on voit Sam se glisser avec justesse dans les subtilités d’une orchestration dont il est, un peu, le héros !