Microcosme musical

Avis sur Enfants terribles

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Columbine est un peu l'enfant mal-aimé du rap. Les anciens renient cette nouvelle génération, les pseudo-intellectuels n'y voient qu'une vulgarité amassée dans des sonorités agaçantes. Et pourtant.

Génération Terrible

Columbine est un collectif imprécis, où l'envie et la liberté absolue est de mise. C'est surtout un collectif représentatif d'une génération et d'un mal être. Un mal être lié au milieu scolaire que certains iront comparer à Fuziati, ou Stupeflip. Et ce serait mal comprendre l'album (ainsi que le précédent). Columbine est la voix de l'instant passé, de la génération des fins 90/ début 2000. Le groupe sait, heureusement, rire des remarques parfois violentes de certains et en viennent ici à assumer ces remarques.

Présenté comme du rap, l'album affirme une personnalité dans ses sonorités légèrement plus élaborées. Ce sont les artisans d'une expression personnelle, représentatifs d'une lascivité par un vocabulaire simple semblable à l'expression quotidienne, sans nuire aux thèmes et à certains passages marqués comme le final des Caméléons.

Texte référencé, réflexion avancée

Ce qui rappelle bien les références cinématographiques (et littéraires) nombreuses, alors que beaucoup de critiques négatives affirment l'absurdité et le vide des textes. Seulement, ce vide n'est qu'illusion. Les Caméléons / Sens8 ; 1000 / référence à Sainte-Beuve dans ses Consolations. Et ces références, contrairement à une majorité des productions du genre, gagnent en pertinence.

1000 est l'apologie d'une isolation fatale, l'écart nécessaire au monde et dont la dépression associée ne serait qu'un effet de panique. Mettre la peur de côté porte à un meilleur mode de vie. Les Caméléons portent un regard similaire à Sens8, qu'on pourrait également associer à The Prodiges, où chacun se reconnait instinctivement par un lien parfois oublié.

Enfants Terribles apporte une évolution forte et est un passage remarqué du lycéen au jeune adulte. Une transition qui conserve certaines sonorités similaires au premier album, mais des voix plus graves, une profonde tristesse et nostalgie marquée dès la sortie du système scolaire. Chacun fait face à ses tourments et s'accroche à son observation du monde et ce qu'il en apprécie. Toujours porté par des thèmes proches de la poésie de Baudelaire, c'est une certaine actualisation de ce pessimisme et de cette solitude qu'apporte Enfants Terribles, et une accessibilité au sein d'une culture populaire florissante mais pourtant, ici, intelligible contrairement à un bon nombre de variétés qui sont, elles, vomitives.

Alors quitte à taper sur des albums, la communauté SC ferait bien de mieux choisir ses cibles, même si je comprends bien la première impression repoussante que beaucoup (tous ?) ont face à ces titres.

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