Girma Bèyènè & Akalé Wubé – Éthiopiques 30: “Mistakes On Purpose” – (2017)
Toujours « les Ethiopiques » mais vers la fin de la série, ce trentième épisode, bien qu’intéressant, n’obéit plus aux lois anciennes et cet enregistrement est une sorte de reconstitution actualisée. On prend un bout d’histoire réelle, et, faute de documents anciens ou de qualité, on « fabrique » une nouvelle réalité avec des musiciens d’aujourd’hui.
C’est Francis Falceto, l’éditeur en chef des Ethiopiques, qui prend en charge ce ravalement, ainsi « Akalé Wubé » est en fait constitué de musiciens français qui se regroupent autour de la légende, bien réelle, Girma Bèyènè, authentique musicien dont le parcours est narré dans le livret, et qui choisit, lorsque la junte s’installa en Ethiopie, de s’exiler vers les Etats-Unis en quatre-vingt-un, où il travailla dans une station-service car il avait du mal à se produire sur scène. Il retournera vers son pays en deux mille huit.
Le gars est tout de même fantastique, dans les Ethiopiques historiques son nom n’apparaît que quatre fois dans la série, alors que son influence était grande, c’est ce souci de réhabilitation qui a présidé à l’édition tardive de cet album dont Cirma Bèyènè a signé, ou co-signé, l’intégralité des titres, mis à part « For Amha » composé par le groupe accompagnateur.
A sa sortie j’avais bien aimé cet album, il est vrai qu’il perd en authenticité ce qu’il gagne en qualité d’enregistrement et de production, mais on ne peut le comparer aux autres, il possède un avantage qualitatif considérable pour la qualité du son, et c’est un choc extraordinaire de se confronter à ce répertoire neuf, léché et amoureusement mis en valeur.
Le vieux pianiste-chanteur est souvent émouvant, on imagine que l’âge a modifié le timbre et la fougue de sa voix, mais il ne s’en montre que plus touchant. Une anecdote, le titre « Muziqawi silt » a été le plus repris de toute l’histoire de cette musique, en troisième place sur l’album, il est remarquable, mais l’ensemble est une grande réussite.
On notera que, curieusement, l’album ne « sonne » pas autant éthio-jazz que ses prédécesseurs, mais penche davantage vers la pop ou la folk, particulièrement sur certains titres, peut-être les années passées aux States, ou le temps qui efface et formalise. Reste tout de même une belle personnalité et beaucoup de bonne zique.