The Peter Brötzmann Trio – For Adolphe Sax – (1967)
« For Adolphe Sax » est le premier album officiel de Peter Brötzmann, c’est le premier d’une très longue lignée, il avait alors vingt-six ans et son free jazz libertaire allait faire école en Europe. Ce premier cri est très intense et porte déjà toute l’énergie qui détonnera avec le mythique « Machine Gun », en octet, l’année suivante.
Pour ainsi dire presque tout est déjà là, Brötz aux saxs ténor et baryton, accompagné par Peter Kowald à la basse et Sven-Åke Johansson à la batterie nous offrent le « cri », avec l’énergie brute et vitale, quasi primordiale, qui éclate au monde, nue et sans fard, du brut, du direct, pan dans les dents !
Pour ceux en recherche d’émotions c’est une bonne adresse, particulièrement le morceau titre « For Adolphe Sax », du nom de l’inventeur du saxophone, qui se déploie sur plus de dix-neuf minutes et fait le tour de la question. « Sanity » qui suit est un peu plus calme, presque « posé », bon, je rigole, bien qu’un silence s’y fait entendre…
La troisième pièce, « Morning Glory », est à nouveau très pétaradante et s’étale sur plus de seize minutes avec toute l’énergie de Brötz, mais aussi un intéressant solo de basse de Peter Kowald, suivi d’un autre par le batteur Sven-Åke Johansson, très bref, mais qui donne de l’air et ne systématise pas la brutale attitude des trois énergumènes.
C’est de toute évidence un classique du free, dont on recherchera comme une sorte de parenté avec le cri Aylerien, sans doute celui de « Spiritual Unity » sur ESP, proche parent de cet Ovni. L’enregistrement original est paru sur « BRÖ records » et a été enregistré en juin soixante-sept.
Sur quelques rééditions d’après deux mille deux, comme sur la mienne, figure une quatrième pièce, « Everything », avec Fred Van Hove qui s’ajoute au piano, en provenance d’un live à « Radio Bremen », le quinze septembre soixante-sept. Ce titre était alors inédit, bien que l’on entende une différence côté prise de son, sa place est très justifiée sur cet album, ne serait-ce que par la datation. Le titre approche des dix minutes et fait entendre un Van Hove très à sa place au milieu de cette compagnie !
Les amateurs aimeront, forcément.