Thomas Savy French-suite
« Plus Loin Musique » est un label consacré au jazz, il est basé à Rennes et a signé quelques grands noms, Avishai Cohen, Sophie Alour, Christian Escoudé, Emmanuel Bex, Eric Le Lann, Pierrick Pédron, Tigran Hamasyan, Omer Avital, et d’autres encore… Malheureusement il semble ne plus donner signe de vie depuis 2014. Pourtant, en 2009, est arrivé une étape qui semblait riche d’avenir : le label sortait son centième enregistrement.
C’est le joueur de clarinette basse, Thomas Savy, qui souffla cette bougie et, pour célébrer l’événement, le label décida de sortir ce centième Cd de façon originale : en lui offrant l’apparat d’un EP quarante-cinq tours, en respectant le format, et, petit luxe supplémentaire, la pochette est ouvrante et un livret accompagné de dessins légendés par Thomas Savy lui-même est inclus à l’intérieur de la pochette.
J’aime beaucoup le son de la clarinette basse, je dois cet amour aux grands anciens qui ont su révéler, dans la musique de jazz, la beauté de cet instrument. Depuis il n’est plus rare de le rencontrer dans beaucoup de groupes. Thomas Savy, qui l’a étudié en jouant de la musique classique, ne dédaigne pas s’encanailler avec de la musique jazz, il compose, aime improviser, respirer l’atmosphère club, ou jouer dans les concerts. Son parcours ressemble, par ce trait, à celui de Michel Portal, grand joueur de clarinette basse également.
Thomas est ici en trio avec Scott Colley à la basse et Bill Stewart à la batterie, des musiciens avec lesquels il n’avait jamais joué, la rencontre se fera à New York et l’enregistrement également, avec un résultat merveilleux.
Je ne pense pas que l’album ait tant que ça cartonné, c’est dommage car il le méritait, de par l’excellence des musiciens, la beauté des compos, la précision dans les deux reprises, « Come Sunday » du Duke et « Lonnie’s Lament » de Trane. Je ne sais si c’est dû à une trop grande « propreté du son », peut-être trop léché, ou bien certains l’ont-ils senti trop froid, ancré dans une sorte de classicisme.
Pour ma part cet album fait partie de ceux que je réécoute régulièrement et avec plaisir, comme aujourd’hui, afin de goûter à nouveau à la saveur chaleureuse et velouté de la clarinette basse, particulièrement à l’aise avec ce soutien rythmique doué d’une grande précision et d’une grande sensibilité. Il faut donner une chance à la « French Suite » !