Vijay Iyer Trio – Historicity – (2009)
Retrouver un moment la grâce des trios piano, basse batterie, avec un pianiste qui excelle, même s’il n’est pas coutumier de l’exercice, oui, cet album fait partie des meilleures adresses du genre, premier essai et déjà un coup de maître, pourtant ce n’est pas une surprise pour qui connaît un peu ce spécialiste des touches noires et blanches, souvent hors-norme, cet enregistrement est précieux et éblouissant.
Stephan Crump est le contrebassiste et Marcus Gilmore le batteur. Tous les deux sont les musiciens qu’il faut, au bon endroit, au bon moment. La fusion est telle, qu’il est difficile d’imaginer d’autres partenaires. Si vous faites partie de ces gens qui n’apprécient pas le piano, ou la formule du trio, ou qui n’aimez le jazz qu’à travers les cuivres et les anches, alors, c’est cet album qu’il vous faut pour sauter le pas.
Il pourrait évoquer Keith Jarrett pour son accessibilité, car il possède un don pour les mélodies qui se déploient sans en avoir l’air, une capacité à faire vivre le piano dans le risque calculé, avec une habilité à porter les effets rythmiques ou mélodiques de façon époustouflante.
Il aime s’emparer du monde de la musique populaire dans sa globalité, ou même de la musique la plus actuelle, quelque part entre McCoy Tyner ou Cecil Taylor, mais rien n’y fait, ce qui passe entre ses doigts se transforme et finit par sonner « Vijay Iyer », estampillé et certifié : c’est un sorcier du clavier !
Sur cet album il reprend Leonard Bernstein/Stephen Sondheim, Andrew Hill, Stevie Wonder, Julius Hemphill ou Ronnie Foster, mais quand il s’empare d’un thème c’est pour y ajouter autre chose, une signature, quelque-chose de personnel et d’élégant qui n’appartient qu’à lui. Par ailleurs il signe lui-même quatre compositions, dont Mystic Brew.
La pièce « Dogon A.D. » de Hemphill est forcément attendue, avec sa rythmique étonnante et pointue qu’il réussit à transmettre merveilleusement bien, avec cette base très groovy, basse et batterie martelantes et entêtées…
Le « Big Brother » de Wonder est également réussi, fidèlement restitué, un hommage à la Motown qu’il met à l’honneur. L’album ne fléchit pas, qui a été bien rôdé en concert jusqu’à ce que l’osmose à trois prenne, avec une très grande efficacité. Le titre d’ouverture « Historicity » signé du pianiste atteste bien de cet effort collectif et technique qui fonctionne et se révèle sous la forme d’une grande beauté.
Un petit mot pour « Smoke Stack » d’Andrew Hill, la principale influence reconnue par Vijay Iyer, né Vijay Srinivas Raghunathan.
Un album « ACT » de soixante-deux minutes.