Charles Lloyd – Hyperion With Higgins (2001)
Un album enregistré pour ECM en décembre mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, aux Cello Studios de Los Angeles. Des sessions qui seront à l’origine d’un autre album tout aussi bon, « The Water Is Wide » qui sortira en l’an deux mille. Celui-ci est particulier car c’est l’un des tout derniers enregistrements du batteur Billy Higgins, disparu le trois mai deux mille un.
Parmi les autres musiciens on remarque l’excellent John Abercrombie, très précieux ici, chacun de ses solos est un enchantement, il éclaire l’album avec une clairvoyance remarquable. Brad Mehldau est au piano, il fait du Brad, c’est très solide, juste et sans faille, une assurance tous risques. L’excellent Larry Grenadier fait également plaisir à la basse, très lyrique et chantant, splendide !
Le son ECM va bien ici, c’est très clair et cristallin, Charles Lloyd est parfait, il est l’auteur de toutes les compositions ici. Ça démarre de façon assez classique pour un album ECM, deux belles compos qui ouvrent l’espace et qui offrent la part belle à Brad Mehldau, mais c’est un peu plus tard que ça se passe, quand la musique s’oriente vers d’autres horizons, jusqu’à un certain orientalisme même…
Déjà « Secret Life Of The Forbidden City » s’énerve un peu, on y entend Charles Lloyd y déployer toute sa mesure avec ses longs solos qui n’en finissent jamais, développant chaque phase jusqu’au bout du souffle, et puis John Abercrombie qui commence le festival des solos.
On poursuit avec le très coltranien « Miss Jessye » avec ses accents puisés dans la « Spiritual Music », où l’on goûte au jeu tout en délicatesse de l’élégant Billy Higgins, précieux sur les cymbales qu’il fait vibrer comme personne, c’est également le moment de goûter un savoureux solo de guitare concocté par le sensible Jon Abercrombie.
On reste sur les cimes avec la pièce suivante, le morceau-titre beaucoup plus enlevé avec un duo Lloyd/Higgins très en verve. Arrive ensuite la pièce la plus mémorable ici, bien que l’album n’en manque pas. Il s’agit d’une suite assez ambitieuse, « Darkness On The Delta Suite, jouée dans un style oriental avec une inclinaison également très spirituelle, une grande beauté se cache ici, qui devrait plaire à tous les amateurs du genre, la musique de Trane n’en finit pas de nourrir les terres jazz…
Après l’excellent « Dervish On The Glory B », juste signaler la dernière pièce, « The Caravan Moves On », très dépaysant, où Charles Lloyd joue du taragato, un instrument provenant de Hongrie, cousin du hautbois, sur lequel aiment jouer bien souvent les saxophonistes, comme Louis Sclavis, Michel Portal, Peter Brötzmann ou, bien évidemment, Akosh Szelevenyi.
Un Cd qui se trouve désormais à bas prix en occasion, fourni avec un beau livret et de chouettes photos, particulièrement de Billy Higgins.