Les cocus du rock, on ne les compte plus. Que ce soit les Pixies, Curve ou encore les Stone Roses, leur trône a été usurpé par un groupe similaire remportant un succès immense tout en laissant les précurseurs d’un style sur le côté de la route menant à la gloire.


Certains ont depuis été réhabilités voire cultifiés. Mais d’autres restent assez peu connus comme les Boo Radleys . Ils avaient pourtant de quoi remporter les suffrages : un sens de la mélodie, une science des arrangements, une volonté d’expérimenter tout en restant dans un cadre pop… Ces attributs me rappellent justement un obscur groupe des 60s… les Beatles.


Chaque décennie avait ses orfèvres de la pop Aristo-Britannique à l’instar des Fab Four. Dans les années 1980, c’était XTC qui méritait le titre de Beatles de son époque. Dans les 90s, c’est aux Boo Radleys d’hériter de ce glorieux patronyme.
Ce premier album met déjà la puce à l’oreille. On n’a même pas besoin de l’écouter pour y repérer un malicieux clin d’œil dès le premier titre. « Eleanor Everything » n’est-il pas une référence au fameux « Eleanor Rigby » ?


Mais quand on enfourne le CD dans son lecteur, on a une mauvaise surprise. Loin de la sophistication qui caractérise les 4 de Liverpool, les Boo jouent de manière bruyante et très vite. Certaines mélodies font référence à la douceur des 60s bien entendu et quelques guitares acoustiques tentent de se faire entendre dans cette pop jouée comme du punk, mais on est décidément plus proche des Dinosaur Jr. que de la britpop !
Suis-je bête ! J’ai oublié un détail à leur propos, puisqu’ils viennent de la scène shoegaze ! Les guitares sont donc noisy et la voix peine à transpercer le mur de son produit par ces dernières.


Pourtant, Les Boo sauront maitriser le bruit et y intégrer des arrangements ingénieux sur Everything's Alright Forever et l’immense Giant Steps. Le problème, c’est que le son brouillon handicape beaucoup le disque et il faut plusieurs écoutes pour pouvoir y distinguer quelque chose… Sauf que ce reproche est un peu bête quand on connait l’album suivant. Lui aussi marqué par une production Lo-fi mais savoureuse (sans oublier leurs premiers EPs).


Les défauts d’Ichabod and I sont plus profonds et viennent aussi des compositions. Le groupe a beau faire des efforts d’écriture et de tenter d’harmoniser le tout avec des chœurs et des intermèdes acoustiques, le problème reste le même : on ne retient pas grand-chose de ce capharnaüm. Cela est surtout dû à un problème de tempo. Jamais les Boo n’ont joué autant pied au plancher. Les guitares agonisent et le batteur tape comme un forcené mais rien n’y fait. La production noie tout tant elle est peu brillante.


Pourtant, le disque a beau être gâché par un son inadéquat et un parti pris étrange, il s’écoute sans ennui (sa courte durée aide aussi, cela va sans dire) et fait parfois mouche. « Hip Clown Rag » réussit à mêler énergie et mélodie entêtante. « Kaleidoscope » est une très belle chanson dévoilant un potentiel mélodique qui n’attend qu’une seule chose : s’épanouir.


Malgré son niveau correct, Ichabod and I est éclipsé par d’autres grands disques sortis en 1990 en plus d’être écrasé par la suite d’une discographie sans faute. Mais les Boo n’en sont qu’à leur débuts et sauront rebondir rapidement dès leur arrivé chez le label Creation.


Chronique consultable sur Forces Parallèles.

Seijitsu
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le 1 août 2015

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