Imany : le Spleen dans l’Ideal

Avis sur Imany

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Les arlésiennes ne sont pas toutes damnées à devenir des déceptions. Bon, d’accord, Duke Nukem Forever, c’était de la merde. Bon, d’accord, il y a de fortes chances que L’homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam ne soit pas à la hauteur des espérances. Bon d’accord, Detox de Dre ne verra probablement jamais la lumière du jour et vu les morceaux qui ont fuités ces dix dernières années : DIEU MERCI.

Parfois, les arlésiennes ont du bon. Elles sont le fruit d’une véritable réflexion, d’un travail acharné qui débarque à un temps donné et qui expose toute sa profondeur avec les mêmes effets sur votre esprit que ceux d’une bombe H lâchée dans une mégalopole. Imany n’est pas radioactif. C’est beaucoup plus que ça. Comme s’il avait perdu sa particule, Dinos a abandonné une partie de lui. Punchlinovic il n’est plus. Parce qu’il n’y a rien de plus creux qu’une punchline quand il s’agit de transmettre des émotions.

L’image est bien plus percutante qu’une punchline. Imany est ponctuée de ces images, de ces éclats géniaux qui agissent comme des épiphanies, des révélations divines qui sont capables d’étaler un kaléidoscope d’images en quelques mots. Quand Dinos balance « J’écoute Panthéon dans la nuit », c’est l’expression même de la froideur, de la solitude, de la détermination et d’une palette d’autres émotions qui n’ont même pas besoin d’être expliquées à ceux qui ont déjà laissé leurs tympans vibrer dans la nuit au son de La Faucheuse.

Quelque part, avec Imany, Dinos est le descendant direct de Nessbeal. C’est la même mélancolie qui se dégage dans sa voix, la même tristesse, la même richesse verbale et la même générosité musicale. Les 17 titres qui constituent ce premier album brassent une multitude d’ambiances avec un fil conducteur qui pourrait se résumer à : « Ce soir ma vue est en argentique ».

En noir et blanc. Les couleurs sont absentes, ce qui garantit au projet sa cohérence, même quand il s’aventure vers des horizons plus lumineux avec Havana & Malibu. Même la positivité apparente de Rue Sans Nom est immédiatement terrassée par « J’habite dans une Rue sans nom / Et je n’veux aucun d’entre vous chez moi ». L’air lancinant de Magenta ne cache pas les obsessions de Dinos « Les journées passent et passent / Mais se ressemblent éperdument ». Presque chaque titre mériterait d’être décortiqué. Ils le mériteraient, oui. Sauf que la quatrième piste éclipse absolument tout le reste, peu importe tout le bien qu’on pourrait en penser.

Hiver 2004. « J’ai de l’amour pour très peu de gens / Car il ne m’reste que très peu de temps / J’m’abandonne à Dieu, je me repens / Beaucoup le disent, très peu le pensent / J’connais le bloc les gardes à vue / Je suis le quartier, mais pas la rue ». Un seul refrain qui propulse Imany dans la stratosphère des albums qui marquent au fer rouge. 6 mesures qui résument tout le projet artistique de Dinos : le regard d’un gosse sur son quartier, ses interrogations, ses craintes, bref tout ce qui peut faire qu’un adolescent soit sujet à de grosses crises d’angoisse.

C’est plein d’antithèses et d’oppositions collégiennes, académiques. L’interprétation de Helsinki est touchante, mais quelque peu alourdie par des tournures candides « Si tu savais comment je te déteste, tu saurais à quel point je t’aime ». Dans son dernier quart, Imany s’essouffle. On lui pardonne. Parce que la générosité et la profondeur du projet dépassent ces quelques considérations. Comme le Spleen, le meilleur n’est pas à venir, il est déjà passé

Note :
To Pimp A Punchlinovic / 10

La meilleure façon de débuter un album en 2018 :
« Loyer sur l’poignet, who the fuck is APL ? » - Iceberg Slim

Le coup du chapeau d’Imany :
« Mon cœur est plein d’alinéas » - Spleen
« Il me faut une boîte automatique / Fils du soleil mon cœur est photovoltaïque » - Spleen
« Tout dans ma tête, tout dans ma voix / Même dans mes rêves tu sais, j’suis maladroit » - Spleen

Faut bien rire dans la vie, merde ! :
« J’versais des larmes pour pas qu’elle m’habille à Tati / Aujourd’hui j’ai plus de paires qu’la gosse de Rachida Dati » - Bloody Mary

Winter is coming :
« Les lumières s’éteignent en plein après-midi / L’impression d’être une ville sans soleil / Helsinki » - Helsinki

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