Don Ayler – In Florence 1981 - Vol. 1 (1981)


Voici une rareté, non pas l’album en lui-même, encore qu’il ne coure pas les rues, mais en tant qu’album de la part de ce musicien, frère cadet d’Albert Ayler, trompettiste. II a joué dans le groupe Charles Tyler, puis, de mars 1965 à février 1968, dans celui de son frère Albert, participant à des albums majeurs. La disparition de son frère le perturba énormément et sa santé psychologique est restée assez fragile.


Et puis il y eut cette pause en mille neuf cent quatre-vingt-un, comme une période de paix, de calme et de lumière, pendant laquelle il donna des concerts à Florence, qui se concrétisèrent matériellement sous la forme d’une série de trois albums dont voici le premier.


Il est très bien entouré, de musiciens de haut vol, Abdul Rahim Mustafa aux saxos, Anthony « Tony » Smith au piano, Richard « Radu » Williams à la basse, Frank Doblekar au sax ténor, John Davis à la guitare et Jerry Griffin aux percussions. Don joue de la trompette, instrument qui s’imposa à lui, quand il abandonna le saxo, défait par l’exubérance de son frère.


Nous sommes au Théâtre Andromède de Florence, au mois de juillet, qui verra les seuls et uniques enregistrements existants, avec Don Ayler en tant que leader d’une formation de jazz. C’est lui qui a composé et arrangé les pièces pour le septet, il nous offre également de très beaux solos qui ne sont pas sans nous rappeler l’incandescence de ceux de son frère, même s'il s’inscrit assez généralement dans une structure post-bop de bon aloi.


La première pièce occupe l’entièreté de la première face, elle se nomme « The Bebop Song » et dure un peu moins de seize minutes, ne pas s’attendre, malgré le titre, à un bop des années cinquante, mais une certaine sûreté est conservée. Les solos s’enchaînent bien et chacun se montre à bon niveau et même exceptionnel pour ce qui concerne Abdul Rahim Mustafa. Même le batteur Jerry Griffin a droit à sa minute de gloire en tant que soliste.


La seconde pièce « The African Song » est un peu différente, bien que d’une durée comparable, elle semble avoir une structure plus complexe et glisse volontiers vers la musique modale ou spirituelle. Le solo de Don est le premier dans la série, il utilise quelques glissements free bienvenus, des dérapages qui dynamisent la pièce et y mettent le feu.


Du coup la pièce n’est pas sans rappeler à nos souvenirs cette énergie libertaire primaire qui illumina le jazz autrefois, d’autant qu’Abdul Rahim Mustafa reste en grande forme, John Davis pendant son solo de guitare participe lui aussi à l’embrasement, seul Tony Smith au piano semble conserver la mesure.


L’album est vraiment très réussi, sur ce chemin de semi-liberté, il n’est que le premier d’une série de trois, souvent courue par les collectionneurs. Il faut le dire, cette série de trois réunie, est vraiment magnifique, il flotte l'esprit de ces anges qui tourmentèrent la fratrie Ayler, entre un sentiment de culpabilité et un autre de liberté, pas loin de là où nichent les démons tourmenteurs...


Je ne sais pas trop d'où sortent ces enregistrements youtube que je découvre, mais ils regroupent les trois albums, Quelle chance !

xeres
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le 16 juin 2025

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