Peter Kowald - Daunik Lazro - Annick Nozati – Instants Chavirés – (2014)
Voici à nouveau un album sorti sous l’empreinte de Jean-Marc Foussat, via « Fou Records ». On y retrouve deux monstres sacrés, Daunik Lazro et ses saxs alto et baryton et l’incroyable vocaliste Annick Nozati, cette dernière lance ses derniers feux, et ils sont d’une puissance incroyable, hélas, elle nous quittera cinq mois plus tard.
Nous sommes ici dans le cadre du festival des « Instants Chavirés », le dix-sept février deux mille, à Montreuil, et déjà la « Grande Faucheuse » rôde dans ses pas, le mari d’Annick est en effet très malade. Daunik Lazro confie : « Annick était grave, elle savait que son mari allait bientôt mourir. Elle m'a dit quelque chose comme "je ne suis pas venue pour pousser la chansonnette". Cela s'entend ! »
Tous les trois sont des enfants du free jazz et de l’impro, trois musiciens complets arrivés au zénith de leur art, jouant ici devant un public ébahi, une prestation à fleur de peau, presque hallucinée. Les deux premières pièces, « Laz Noz » et « Kow Laz Noz » les voient en trio, fusionner en une seule et même entité, unie dans ce même souffle constitué par un même corps.
« L’invisible » est un solo d’environ un quart d’heure d’Annick Nozati qui chante à capella, seule, à nu, la voix s’habille de mille techniques éprouvées pour mieux nous bouleverser, et faire surgir mille émotions qui bouleversent et chavirent, incorporant une part de silence, ou d’exubérance, mais toujours d’une sincérité qui touche et emporte.
Ce qui fait sa grande force c’est qu’elle a su, mieux que d’autres transformer sa voix en instrument de musique à part entière, sans ressentir le désir de forcer le trait, et, s’il doit y avoir démesure, elle sait, mieux que personne, nous emmener à ce point culminant où tout bascule, et nous en faire partager la nécessité.
Peter Kowald est une figure du free allemand très connu dans la communauté du free européen, c’est un contrebassiste d’une très grande notoriété qui aime accompagner particulièrement les vocalistes, mais aussi les grands noms du free comme Peter Brötzmann, Léo Smith ou Paul Lovens. Il nous quittera deux années après avoir donné ce concert. Il joue une pièce en duo avec l’excellent Daunik Lazro, « Laz Kow » où les deux sont vertigineux.
On comprend que tous ces titres n’ont rien de mystérieux mais correspondent aux trois premières lettres du nom de chaque musicien intervenant dans la pièce jouée. Ainsi nous avons trois duos, deux trios et une pièce en solo.
A nouveau un très grand album.