Myra Melford Trio – Jump – (1990)
Ayant « découvert » Myra Melford depuis quelques temps, notamment à l’écoute du remarquable « For The Love Of Fire And Water » de deux mille vingt-deux, je l’ai retrouvée partenaire sur certains albums que je possédais, mais j’ai également remonté un peu le temps vers un album marquant de ses débuts, « Jump » qui vous salue bien !
Bien entendu Myra Melford est au piano et comme, à ses débuts, on est souvent plutôt classique dans ses choix, on opte volontiers pour une formation, piano, basse, batterie, ce qui est ici le cas. Lindsey Horner tient la contrebasse et Reggie Nicholson joue de la batterie. Sept pièces se succèdent et Myra en a composé six, seul « The World Wears Away » est une reprise, Lindsey Horner est la compositrice.
Il n’est pas si aisé de laisser sa marque dans la jungle des albums jazz interprétés dans ce format à trois, pourtant Myra y parvient haut la main, son interprétation de la version de « The World Wears Away » est particulièrement touchante, elle bouleverse, son toucher est si gracieux et retenu qu’elle réussit là une prouesse de délicatesse et de sensibilité.
Mais la force de cet album c’est également de proposer des pièces très free, qui semblent n’obéir qu’à elle-même, qu’à l’instant présent, mais qui, par habileté et acrobaties techniques, réussissent à retomber sur leurs pieds et retrouver une stabilité étonnante, poursuivant un parcours presque ordinaire, comme « Sun On The Sound » par exemple…
Ainsi l’improvisation est totale et reine, dans un univers paradoxalement très structuré, écrit et, semble-t-il, composé. Ainsi écriture et improvisation sont extrêmement liées, formant un ensemble unique et saisissant, révélant une maîtrise étonnante au service de titres souvent poignants et viscéraux.
Le titre de la seconde pièce, « Some Kind Of Blues », dit un peu plus qu’il ne semble, tant il résume la démarche artistique de l’artiste, qui semble jouer de façon ambivalente entre les sentiments, passant de la joie à la tristesse, de l’espoir à la fatalité, jouant une sorte de blues accablant ou au contraire plein d’optimisme et d’insouciance.
Vraiment un bel album qui plaira probablement aux amateurs de cette forme de trio.