Baptiste Boiron, Bruno Chevillon, Frédéric Gastard – Là
Une fois n’est pas coutume, voici un double Cd sorti sous le label de Stéphane Berland « Ayler Records », digipack trois volets enregistré au Centre d’Art de Kerguéhennec, à Bignan, en février vint-vingt et tout juste paru.
Un trio à l’œuvre, avec une composition originale, ce qui n’est pas fait pour déplaire, d’autant que le résultat est très satisfaisant. Pour commencer, un jeune leader – compositeur, Baptiste Boiron aux saxs soprano, alto et ténor, en compagnie du contrebassiste Bruno Chevillon et de Frédéric Gastard au saxophone basse. La couleur de ce dernier instrument et l’absence de batterie donnent une couleur nouvelle à ce trio novateur, et c’est très appréciable.
Il y a quelques reprises comme « Fleurette Africaine » de Duke Ellington, « Prayer » de Keith Jarrett et « Lonnie’s Lament » de John Coltrane. Chacune d’entre elle propose une version innovante, habillée de couleurs nouvelles. Les autres compos sont donc signées Baptiste Boiron.
L’album se nomme « Là », c’est également le nom d’une compo. Il faut aussi souligner le casse-tête qui vous attend si vous êtes amateur d’anagramme, ils se cachent dans certains titres, « avec StyLe » devient Steve Lacy, « Dur trac Mec » devient Marc Ducret, un musicien maison. Il y a aussi « nus, MonoliThe ok » qui est assez facile à trouver ou « hAt noyant Bronx » un saxophoniste, « « Bander brutaL » un batteur, « trace de Fard Gris » et « B- Choir nu, l’envol », deux familiers.… Les majuscules donnent des indices décisifs, mais il y en a un que je n’ai pas réussi à déchiffrer pour le moment, « MAlin né délivré », ça pourrait être André Minvielle, mais il y a les accents qui posent problème.
Après ces minutes ludiques parlons un peu de Baptiste Boiron, un musicien solide qui a fait ses écoles en pratiquant la musique contemporaine et s’éveille à la liberté que procure le jazz, comme beaucoup d’autres qui lui ressemblent. Ces allers-retours entre les musiques contribuent grandement à se mettre au service de la musique au singulier, ce qui, je pense, réconciliera tout le monde.
Le premier album est vraiment très beau, empreint de grâce et de beauté, avec ce saxophone basse qui réchauffe, des airs de musique de chambre combinés aux escapades montagneuses d’un Steve Lacy. Le second est plus poétique, aérien et vaporeux, un pied dans la musique contemporaine, ce qui n’exclue pas les impros.
Un bel album à ne pas négliger, conjugué à des activités ludiques, que demander de plus ?