Un album de l’extrême fin d’année… 2019 ! A peu de chose près, il aurait pu figurer dans la liste pour cette année, un autre album aurait pu et même aurait dû, car il n’est sorti réellement qu’en 2020 dans nos contrées, c’est le Charles Lloyd « 8: Kindred Spirits Live From The Lobero Theater »!
Pour en revenir à notre sujet, celui qui nous intéresse aujourd’hui est un pur joyau du free. Quatre musiciens exceptionnels : Arto Lindsay à la guitare, Joe McPhee au ténor, à l’alto et à la trompette de poche, Ken Vandermark, lui aussi au ténor mais également au baryton et à la clarinette et pour finir l’excellent Phil Sudderberg à la batterie.
Quinze pièces se succèdent, en duo, trio ou quartet, chacun y va de son élan, improvisant, histoire de réchauffer ce studio de Chicago qui subit l’assaut du froid de l’hiver. Le plus mordant, celui qui grince, scie et étrille les sons aux sonorités électriques c’est Arto, le gars de DNA et d’Anarchist Republic Of Bzzz pour ne citer que quelques références. Il a branché la gratte au secteur et balance du chaud, de l’énergie brute qui fait fondre plus que la glace.
Les souffleurs ont bien compris le message et bien vite tout rougit et l’atmosphère devient hautement explosive, ça surchauffe dans les tuyaux et les pistons s’activent à forte puissance, histoire de faire monter encore la température. Pour taper et battre la mesure et aussi la démesure on peut compter également sur Phil Sudderberg qui s’y connait en bruitisme dynamique et élevé, histoire de ne pas regarder à la dépense… de calories.
Avoir à faire à un duo n’est pas nécessairement gage de plus de calme, mais ça peut, des fois, ou pas… Rien n’est garanti, y’a des titres comme ça qui avertissent « The Push And Pull Beneath The Surface », « The World's Longest Afternoon », « When I Lose Any Sense Of Perspective », « I Don't Like This Talk About Stains », ça décrit bien ce qui ce qui se déroule ici, un truc sans compromission, d’ailleurs pourquoi transiger ?
Du coup, c’est bon, ça envoie, y’a la perruque du violoneux qui vire à la coupe mulet, signe que tout va. Quand les deux souffleurs dialoguent sur « A Screen Door The Size Of A Building », c’est brillant, volubile et poli et même élégant sur le titre qui suit. Respiration. Pause. Envoûtement. Vous voilà Pris.
Un album pour les aventureux des sons et les écorchés magnifiques !