Gunter Hampel Quintet – Legendary: The 27th Of May 1997 – (1998)
Encore un album qui a sa petite histoire, mais il faut remonter assez loin, jusqu’en mille neuf cent soixante-cinq, lorsque parut le tout premier album de Gunter Hampel, « Heartplants ». Ce dernier a été enregistré alors par Gunther Hampel au vibraphone et à la flûte, Manfred Schoof à la trompette, Alexander Von Schlippenbach au piano, Buschi Niebergall à la basse, et le néerlandais Pierre Courbois à la batterie.
Ce premier album est historique, par son millésime, mais également par sa qualité. En quatre-vingt-dix-sept Gunter fit une sorte de retour en arrière en reconstituant le quintet, avec Arjen Corter à la basse remplaçant le défunt Buschi Niebergall. Gunter Hampel ajoute à sa panoplie l’usage de la clarinette basse qu’il maîtrisait déjà, lors du premier album, peut-être même l’utilisa-t-il alors, mais rien n’est spécifié. Manfred Schoff lui aussi ajoute un nouvel outil, le bugle !
Ce pèlerinage est bien entendu free, il ne pourrait en être autrement, il est également excellent, ce n’est pas pour rien que Gunter Hampel l’a appelé « légendaire » ! L’enregistrement de cette réunion s’est déroulé lors d’un concert à la « Triennale » de Cologne à la date indiquée dans le titre, bien des années après le tout premier essai.
Il s’ouvre au son de la flûte lors de la pièce « Legendary » d’une durée inférieure aux quatre minutes et d’une très grande beauté, la pièce est vive et envoutante, hélas trop brève. Des réminiscences de bop surgissent d’un peu partout, une façon de faire le lien avec l’histoire et de se positionner dans une sorte de continuité temporelle, ce qui se manifeste avec une particulière acuité sur la seconde pièce « Spielplatz », l’une des deux pièces les plus imposantes de l’album puisqu’elle se prolonge jusqu’à vingt et une minutes et quarante secondes.
Cette durée est mise à profit pour laisser place à de superbes improvisations, mais aussi au groupe pour présenter sa cohérence et la formidable dynamique qui l’habite, c’est une machinerie très au point qui se lance et se déverse à nos oreilles ébahies, beaucoup d’intensité et de forces sont mises à profit dans cette fougue combattante, où chacun libère des solos plus intrépides les uns que les autres !
Mais la pièce principale est encore à venir, « All the Things You Could Be if Charles Mingus Was Your Daddy » qui s’étale sur plus de vingt-sept minutes, nous emporte comme une tempête, et la référence au Grand Charles n’est pas veine, tant il nous semble être embarqués dans un tourbillon de type mingusien, où les fantômes d’alors semblent renaître, Dannie Richmond, Eric Dolphy, Johnny Coles, Clifford Jordan ou Jaki Byard, tirés par la loco Mingus, les images défilent et revivent sous l’impulsion du Quintet de Gunter Hampel !
Un enregistrement de haute volée, à recommander aux amateurs du genre qui ne seront pas déçus !