Je déroge à ma décision de ne pas poster ou reposter de chroniques musicales sur SC, car cet avis était trop long pour tenir en entier en commentaire ici : https://www.senscritique.com/liste/mes_150_meilleurs_albums_de_rap_00s_du_150_au_1/4391374?page=5
Le précédent opus de Tim Holland signé Sole, "Selling Live Water", avait tellement marqué les esprits que pas mal d'amateurs d'indie rap voire d'admirateurs du bonhomme, étrangement, sont un peu passés à côté de ce "Live From Rome" (le titre interprétable à tort comme celui d'un enregistrement "live" y serait-il pour quelque chose ?), à mon avis pourtant l'indubitable et indépassable chef-d'oeuvre du patron de feu Anticon et l'un de mes 3 albums hip-hop préférés - et le plus souvent écoutés - de tout l'étang.
Tout est au plus haut sur ce bijou : le flow plus acéré que jamais de l'Américain, d’une incandescence à fleur de peau, ses lyrics à la fois percutants et érudits capables de mêler dans un même élan, puissant et baroque, introspection, philosophie et regard aiguisé sur une société devenue arène virtuelle (cf. la pochette), où le pain et les jeux donnés aux uns suffisent à leur faire oublier l’injustice dont souffrent les autres, et bien sûr ces morceaux à tiroirs formant un véritable labyrinthe mental d’autant plus oppressant que des productions proprement vertigineuses signées Odd Nosdam, Alias, Telephone Jim Jesus, Controller 7, Matth (dont le folky "Theme" fait office de pont avec "Selling Live Water") ou encore Tepr via deux instrus électro martiaux en fin de disque (seul invité étranger au label à la fourmi, qui sortait alors tout juste des sommets abstract et mélangeurs de son duo Abstrackt Keal Agram avant de s'acoquiner avec les pénibles Yelle et Woodkid avec le succès que l'on sait) en façonnent les écrin sonores dystopiques et métamorphes à coups de drones saturés, de claviers analogiques et autres programmations schizophrènes.
On ne va pas se mentir, c'est bien Odd Nosdam, entre ses deux merveilles d'albums instru "Burner" (2005) et "Level Live Wires" (2007), qui sort ici grand gagnant de l'exercice, parvenant même à faire oublier l'absence de Jel aux manettes avec les sommets stratosphériques aux crescendos bourdonnants et texturés que constituent le génial "Cheap Entertainment" en ouverture (seule apparition de Jel justement, discrète et aux backing vocals au côté de Pedestrian), l'étrangement bluesy "Sin Carne", l'habité "Atheist Jihad" avec l'excellent Bleubird en guest, le fiévreux "Banks Of Marble" ou surtout, SURTOUT l'énormissime "Dumb This Down" où l'on retrouve tout le talent du metteur en son de cLOUDDEAD, ici à son meilleur, pour les distos au souffle terrassant - probablement mon instru favori de l'histoire du rap, que dis-je, mon morceau rap favori tant qu'à faire, vu l'intensité qu'y déploie Sole au micro. Alias n'est évidemment pas en reste avec le Boards-of-Canada-esque "Self Inflicted Wounds", l'onirique - et fabuleux - "Every Single One of Us" ou le mélancolique "Imsotired" digne des meilleurs tracks de l'album de leur projet commun So-Called Artists. Et encore je n'ai pas cité l'intégralité des grandes réussites que contient ce disque, 54 minutes (en comptant le titre bonus "U.S. Out Of Oakland") que je n'ai toujours pas l'impression d'avoir fini d'explorer complètement après plus de 20 ans de vénération et quelques centaines d'écoutes.
En streaming : https://sole.bandcamp.com/album/live-from-rome