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Loveless par benton

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Loveless est le genre de monument qu'il est difficile d'aborder. Tout d'abord pour la simple et bonne raison qu'il est impossible de décrire précisément la musique qui hante l'album. My Bloody Valentine avait commencé à tracer le sillon avec Isn't Anything, qui s'inspirait du style des Jesus & Mary Chain, mais, avec Loveless, le groupe grave une œuvre définitive, qui finalement ne ressemble à rien d'autre. Tellement définitive que le groupe implosera après la sortie de l'album, tout en laissant planer le mystère quant à une future reformation (finalement concrétisée au bout de 22 ans).

Il ne nous reste plus donc qu'à se noyer dans ce maëllstrom d'électricité, les distortions troublantes des guitares envahissant le spectre, saturant l'air. Seul un cerveau aussi intégriste que celui de Kevin Shields pouvait imaginer cette musique, imaginer ces morceaux inhumains et pourtant si captivants. Car sous les modulations impressionnantes du son, se cachent des mélodies pop évidentes soutenues par la voix éthérée, presque fantomatique, de Bilinda Butcher. Du bruit insoutenable pour une oreille normalement constituée naît la beauté la plus pure, la musique la plus contemplative et aérienne qu'on puisse imaginer.

Ce qui donne des "trucs", qu'on pourrait tout aussi bien appeler chansons, tels Only Shallow qui ouvre l'album en trombe, comme une grosse chape de plomb qui nous tomberait sur la tronche, ou To Here Knows When et ses oscillations hallucinantes formant autant de vagues sonores, un ressac électrique continu qui débouche sur le magnifique When You Sleep, le premier morceau du trio de "tubes pop" de l'album (When You Sleep, I Only Said et Come In Alone), qui me ferait presque verser une larme, tant ce boucan véhicule des émotions contrastées. Mais le vrai moment planant, c'est Sometimes, lors duquel le concept Loveless est porté à son paroxysme. Le brouillard est total, les nappes de guitares sont enivrantes et tournent en boucle, du bruit à l'état brut, où viennent se superposer des voix sorties de nulle part et des sons distillant une mélodie sublime en surimpression.

Difficile de décrire la musique de Loveless. Déjà, parce que c'est difficile de décrire la musique tout court (et que c'est limite inutile, c'est clair), mais aussi parce que la musique de Loveless est toujours pareille durant près de cinquante minutes, alors au bout d'un moment, on est obligé de remployer les mêmes termes pour tenter de définir une chanson. Oui, My Bloody Valentine joue le même morceau durant tout l'album, mais par quelques tours de passe-passe, avec une modulation par-ci, un sample par-là, le groupe renouvelle constamment son mur du son et arrive à jouer sur le ressenti, sur des émotions différentes au fil des minutes. Selon la bonne vieille formule, Loveless est une expérience à écouter au moins une fois dans sa vie.

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