Bab Assalam – Maram (2019/2020)
Mon tout dernier concert c’était pour voir le groupe Feu ! Chatterton, après la parution de l’album « Ici Le Jour (A Tout Enseveli) », donc vers 2016 ou 2017, un bon concert avant que le groupe ne se perde un peu à son troisième envol.
Je ne me déplace guère, mais là c’était tout proche, dans une chapelle, petite, avec une chouette acoustique et même des reliques aussi, et des bancs, à la dure, mais certaines avaient adouci les meurtrissures du séant avec de doux coussins, pas malheureux du tout. Bon, l’endroit est sacré, élevons-nous ! Nous étions une soixantaine à vue de nez, mais mon tarin a courte vue.
L’histoire commence en 2010 : « Bab Assalam donnait son dernier concert en Syrie, à la citadelle d’Alep, aux côtés d’une dizaine de derviches tourneurs. C’était une fête. Puis vint la guerre, les massacres et l’exil. »
Bab Assalam joue de la musique Soufie ou s’en inspire. Ils sont trois, Khaled Aljaramani qui joue de l’oud et chante, il a fondé InterZone avec serge Tessot-Gay, il a également joué avec Aka Moon. Son frère Mohannad joue des percussions et de l’oud également, mais d’une plus grande dimension, avec des sons plus graves, il chante et nous transporte quand les voix se mélangent et s’envolent.
Il y a aussi Raphaël Vuillard qui joue de la clarinette, de la clarinette basse et de des flûtes, c’est un premier prix au Conservatoire National Supérieur de Paris. Il s’intéresse aux instruments anciens, au concert il nous a parlé du « ney » cette flûte orientale à embouchure en roseau dont il a essayé de jouer sans y parvenir, c’est l’instrument du troisième frère Aljaramani, ce dernier a juste été évoqué. Mais pour l’heure il a trafiqué l’embouchure d’une clarinette pour fabriquer un instrument au son voisin du ney qu’il a nommé le clari-ney. Il a rencontré les deux frères en Syrie, à Alep.
C’était très beau : « la musique soufie nous inspire depuis le début, elle amène à la transe où les rythmes rappellent le battement du cœur. Nous cherchons à nous inspirer de cette tradition, de cette quête de spiritualité intérieure » est-il écrit sur le livret attenant.
Hier soir, il y avait beaucoup de ferveur en cette chapelle, et la foi était multiforme, transcendant l’inutile mesquinerie de ce qui sépare. Beaucoup de respect et d’écoute, peu mais fervents. Je cite encore : « Cette musique de migration est une invitation à la tolérance ».
Voilà, ils vont de ville en ville, de concert en concert, et leur message est de paix, qu’y-a-t-il de mieux à faire en ce bas-monde que de jouer et chanter et tourner, et tourner, tourner encore, comme le font les derviches…