Mashrou’ Leila est un groupe formé sur les bancs de l’université américaine de Beyrouth en 2008. Après des jams nocturnes florissantes, le "Projet d’une nuit" (= Mashrou’ Leila) se concrétise et se fait connaitre pendant la fête de la musique libanaise de la même année. Un jeune groupe prometteur qui montre rapidement ses compétences en composant ses propres titres, toujours chantés en arabe. Ils participent alors à un concours musical, qu'ils remportent, avec à la clé la production de leur debut album: Mashrou’ Leila. La sortie de cet opus fera se déplacer une foule inattendue.
Commence alors pour le groupe une carrière sur la scène rock alternative libanaise, avec un succès immédiat surtout au sein de la jeunesse et dans le monde arabe. D'autant que le groupe fait tout de suite ses preuves sur scène, preuve en est, l'engouement suscité par leur participation au Byblos International Festival en 2010. Déjà à cette époque, le groupe déchaîne les polémiques en déployant le rainbow flag pendant le festival, une première au Liban. En prime, ils ne mâchent pas leurs paroles de chansons: politique, guerre, religion, inégalités, homosexualité... tout cela dans un langage peu châtié. Leurs textes dessinent en effet un portrait de la société libanaise sur un mode satirique et engagé. Cette liberté de ton leur a valu quelques concerts annulés et des interdictions dans certains pays. Dernière en date, l'annulation de leur prestation cette année au Byblos Festival après les pressions de l'Eglise chrétiennes libanaise et ses activistes pour cause de "blasphème et promotion de l'homosexualité".
Mais trêve de bavardages, la musique d'abord! Ce premier album superbe happe de suite notre attention avec "Fasateen", balade entraînante qui illustre l'amour impossible entre deux jeunes gens de religions différentes, et dont le clip effleure certains symboles nuptiaux. Et puis on tombe sous le charme de la fabuleuse voix du chanteur Hamed Sinno. Leur musique mêle musique orientale, pop rock, balkan, toujours accompagnée par un violon qui rajoute une touche folk à ce rock "indépendant". Tik Tik Boom et ses piques politiques jaillissent dans "Obwa" ainsi que l'appel au secours de "Min el Taboor". Du bon cru d'"Al Hajez" et ses Checkpoint humiliations, accompagné d'un clin d’œil à la musique arabe avec un petit Batwanes Bik.. Et voilà l'odeur du jasmin de "Shim el Yasmine", une belle chanson pour un amour impossible entre lui et lui. Sans transition, "im bim bililah" et le quotidien morose d'Abu Massaoud, avant de passer à l’hypnotique "Latlit" et ses rumeurs. L'album s'achève sur deux excellents titres: "Khaleeha Zikra" et ses rêves de liberté gardés en souvenirs, où la voix de Hamed est chargée d'émotions même à travers un mégaphone. "Rakset Leila" et son côté post-modern aux multiples influences, un peu cryptique et pleine de sous-entendus, avec encore un clip cool. Est-ce encore la danse de Leila ou celle d'une nuit? En tout cas, ça donne envie de bouger :)
Bref, un groupe sympathique à découvrir pour les amateurs de musique en tout genre. Créatifs et engagés, ils ont encore des projets à accomplir, et ça leur prendra sûrement plus d'une nuit.